Avril 2020 : le RhumFest par Flo

Après une année d’attente et riche en dégustations, nous voici fin prêts, nos palais affutés comme jamais, à cette VIIe édition du RhumFest Paris. Tels de vieux habitués nous nous dirigeons tranquillement vers le Parc Floral, hôte de ce qui est devenu la messe grand-public du rhum.

Premier constat, l’organisation a tenu compte des retours des participants des années précédentes : des fontaines d’eau sont intelligemment réparties sur l’ensemble du salon.

Notre verre nous est remis quelques secondes après notre entrée dans l’arène, et nous analysons les lieux afin de définir notre stratégie, en nous appuyant certes sur des concepts à la fois éprouvés et parfois rituels (on commence par les blancs, on ouvre les vieux par Depaz, etc.) mais également conscients de notre ambition mesurée, ce qui nous impose des choix de dégustations. Nous décidons par exemple de concentrer notre première mi-temps sur les blancs purs jus « méritant » le détour, entre classiques de toute gamme et autres nouveautés.

La journée s’annonce sous d’excellents auspices car Neisson et Bielle sont de retour, après avoir boudé l’événement pendant quelques éditions. Le coup d’envoi n’est pas donné que nous débattons déjà sur l’ouverture du bal (l’équipe respecte grandement ces deux maisons mais les adule différemment, donc il faut argumenter), une fois n’est pas coutume la team Martinique l’emporte, notamment pour la rondeur de ses blancs.

Les rhums blancs

Vu que nous souhaitons commencer en douceur, nous optons pour un rhum faisant l’unanimité parmi nous (et probablement plus largement dans les différentes communautés d’amateurs), le Bio par Neisson. 52,5° exprimant gracieusement des notes florales et d’agrumes (citron vert, kumquat) au nez, une texture de velours quasi parfaite à dominante végétale sur une canne sucrée, un retour des agrumes pour une très belle finale… pas vraiment de surprise, nous étions déjà conquis et le restons.

Etant amateurs de contrastes lors de nos dégustations, nous nous dirigeons donc sur Marie-Galante et enchainons avec le Bielle Canne Grise – 59°. Pas de place pour le compromis et la séduction ici, voici une expression parfaite du terroir avec un nez végétal et frais, une canne légèrement piquante et vive en attaque, suppléée par des notes citronnées et une légère amertume sur la finale. Un produit moins accessible que le précédent, mais plus intéressant pour les amateurs souhaitant continuer à développer leur palais sur les blancs, et une superbe référence de notre point de vue.

Quelques échanges avec le charmant personnel du stand nous permettent d’apprendre qu’outre la sortie prochaine de son brut de colonne, la distillerie travaille sur un rhum blanc « expérimental »… à suivre donc, une innovation de Bielle suscitant évidemment de belles attentes.

Nous déclinons le tour de Porsche sur le stand avoisinant, et continuons par un autre classique du salon mais d’un degré plus élevé, nos palais ayant clairement déjà passé la seconde…

On parle ici de l’Intense de Karukera – 60,3°, dont le premier batch avait été présenté au Rhumfest 2016.  Un nez séduisant avec quelques jolies touches d’agrumes (orange sanguine), l’attaque est puissante sur une canne fraîche assortie de notes florales, la longueur est très appréciable et parfumée : une valeur sûre confirmée donc.

Certains d’entre nous ayant passé la quarantaine pendant l’année, on sent un nouvel élan de sagesse et nous restons donc disciplinés en continuant notre tour des purs jus de canne. Retour en Martinique pour éviter que certains ne commencent à faire la tronche.

Nous accordons à nos papilles un repos, tout relatif, avec le Depaz Cuvée de la Montagne Pelée – 45°. Un petit instant de douceur, un nez très fin aux notes minérales et florales, la bouche est du même acabit avec un alcool parfaitement intégré, difficile de ne pas apprécier ce produit qui pourrait probablement faire l’affaire pour séduire également vos convives débutants tant il est agréable et accessible.

Nous profitons d’une petite faveur en arrivant chez HSE, une bouteille de parcellaire #1 Canne d’or 2016 surgissant de sous le stand. Le nez est doux avec de belles notes florales et d’agrumes (citron vert), ces notes persistant sur une bouche très ronde avec une canne plus végétale et sèche sur la finale. Un blanc très gourmand – « un ti punch à lui tout seul ».

On enchaine chez A1710, distillerie récente, qui avait créé une belle surprise pour nous en 2017, mais qui de notre point de vue était plutôt rentrée dans le rang depuis. On laisse de côté les essais type Renaissance de l’an dernier, et on se concentre sur La Perle Rare millésime 2019 – 54,2°, un rhum Bio élaboré à partir de Canne Rouge R579 (pour l’anecdote on retrouve notamment cette canne chez le voisin Guadeloupéen Longueteau). On est sur l’habituelle canne végétale et prononcée au nez, cette fois-ci joliment accompagnée d’une pointe fruitée (fruits blancs & exotiques). La bouche est légèrement piquante sur les mêmes notes avec un fruit toujours présent, le tout for bien intégré, une expérience très agréable et une jolie découverte.

Notre première mi-temps se résumant pour l’instant en un duel très original Martinique / Guadeloupe, retour chez le second nommé pour poursuivre notre périple. Nous respectons évidemment les gestes barrières, donc les distances, mais nous entendons étonnamment un peu mieux qu’à notre arrivée, notre volume sonore ayant apparemment quelque peu augmenté…

Relativement discrète sur la scène du rhum jusqu’à peu, la distillerie Bologne avait déjà effectué un retour remarqué sur les blancs avec son fameux Black Cane. Nous décidons donc d’approfondir notre connaissance de cette distillerie.

On attaque par La Coulisse – 60°. Un nez minéral et citronné séduisant, une canne fraîche et sucrée en bouche avec de légères pointes anisées sur la finale, on décèle quelques notes de cacao étonnantes en bout de finale, un superbe produit.

On continue par le petit dernier de la maison, Le Distillat – un brut de colonne titrant 75.5°. Brut de colonne oblige, le nez est puissant avec une canne vive et fraiche et renvoie également une certaine minéralité, l’attaque est également sans concession sur la canne mais laisse la place à des notes fruitées (abricot ?) très agréables pour un ensemble très bien foutu. On valide.

La team preference-rhum démontre alors qu’elle n’a pas perdu son goût pour le débat, le ton monte légèrement sur l’utilité de la multiplication de produits de cette gamme, certains questionnant l’utilité d’avoir plus d’une référence de ce type de rhums dans son bar, d’autres défendant le produit brut et l’identité ; évidemment on ne tombe pas d’accord, c’est aussi ce qui fait la beauté du groupe.

Le débat est vite oublié lorsque nous nous apercevons que Chantal Comte nous a cette année honorés de sa présence au Rhumfest. Probablement plus connue pour la qualité de ses rhums vieillis, la version Marie-Galantaise (rouge) de son blanc Fighting Spirit nous avait ravi il y a de cela quelques années, et nous décidons donc de faire une nouvelle halte pour ce qui semble annoncer la fin de la première mi-temps.

On attaque par la version blanche de la Tour de l’Or – 46,04° (pour être précis…). Un nez très fin, la canne est cette fois-ci discrète pour laisser place à des notes florales et la petite touche iodée vantée par le personnel du stand est belle est bien présente. La bouche révèle des notes salines surprenantes, sur une texture légère et toujours florale, avec une finale fruitée. On comprend pourquoi ce rhum pourrait accompagner vos mets pour surprendre vos convives, nous apprécions l’originalité des parfums et des textures.

Virage au frein à main à venir, se présente devant nous l’Arbre du Voyageur Brut de Cuve – 60,2°. Un retour fracassant de la canne au nez, mais elle est ici minérale, sensuelle et élégante, le tout donnant un nez terriblement attirant. Une texture superbe en bouche, avec toujours une canne présente mais d’une belle finesse et légèrement piquante, l’expérience se prolongeant de longues secondes… petit coup de cœur personnel, must have pour ceux qui doutent qu’on puisse se faire une belle histoire avec un rhum blanc.

On hésite sur les arrêts de jeu (notamment pour aller se faire les Clairins comme tous les ans…) mais cette dernière dégustation nous parait conclure parfaitement ce premier chapitre blanc. La montée en gamme perçue ces dernières années donne désormais des résultats très satisfaisants sur la plupart des maisons ayant décidé de donner une approche qualitative à leurs produits, et alimente le lobbying auprès de la direction de Préférence Rhum pour ouvrir une section « rhums blancs » sur le site…

Vous l’aviez deviné, les évènements en cours au moment de la rédaction de ce compte-rendu ont entrainé un report du festival. Néanmoins, cet évènement est important pour nous et nous avons voulu lui rendre hommage : toutes les dégustations ci-dessus sont donc bien réelles (tout comme celles de notre deuxième partie) !

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