Le guide de l’amateur éclairé

Maintenant que vous avez suivi à la lettre notre guide du débutant, vous êtes passé dans une autre catégorie : celle des amateurs de rhums. Vous êtes un peu plus sûr de vos goûts, votre cave commence à grandir et vous avez réussi à convertir votre meilleur ami.

Voici donc quelques conseils pour profiter au mieux de ce début d’expertise.

Ne pas vous croire arrivé

Premier conseil, et principal même : ne pas croire que vous êtes un expert. Il suffit d’assister à une masterclass de, par exemple, Marc Sassier (ou de lire ça) pour se rendre compte du fossé qui nous sépare des véritables experts. Il faut donc veiller à bien rester humble dans son approche, et ne pas croire que poster trois photos sur les groupes Facebook fait de vous un expert. Rien n’empêche d’aider les nouveaux venus, la transmission est primordiale, mais il faut toujours garder en mémoire que le terrain de jeu est immense.

Pouvoir enclencher le mode dégustation

Si certains ne peuvent plus faire autre chose qu’une dégustation technique (Serge Valentin en parle très bien), il semble tout de même possible de pouvoir boire un verre de rhum sans forcément chercher à analyser en profondeur ce qu’on boit. Néanmoins, il nous semble important d’avoir des petites bases pour apprécier plus profondément les meilleurs rhums que vous pourriez goûter.

Ecrire des notes

Pour commencer correctement, il est important de prendre des notes, d’écrire votre ressenti et de mettre des mots, sommaires au début, sur les arômes que vous percevez. Une fois que la connexion est faite, un arôme senti sera un arôme reconnu. Sans prise de note il nous semble très compliqué de progresser, car le fait d’écrire vous oblige à aller plus loin et surtout vous permet de revenir sur une précédente note pour comparer : le souvenir sera plus précis.

Quand déguster ?

Il faut pouvoir se réserver des temps de dégustation, dédié à ça. Plusieurs choses entrent en ligne de compte, mais le principal est de pouvoir trouver votre moment propice à la découverte. Par exemple, les théoriciens de la dégustation estiment que la meilleure heure est 11h du matin ; soit, mais ce n’est pas le moment le plus pratique, donc rien ne vous empêche de trouver votre meilleure heure. Une fois que vous l’aurez trouvé, il est intéressant de trouver une petite routine, pour enclencher le mode dégustation. Par exemple, Pierre et moi dégustons souvent, à distance, vers 21H30. L’heure n’est peut-être pas optimale, mais elle est toujours la même et les résultats sont cohérents dans le temps, selon nous.

La dégustation, seul ou en groupe ?

Il est très difficile de déguster à plusieurs, pour une raison très simple : l’influence du groupe. Imaginons que vous sentiez un agrume, sans mettre le nez dessus. Là, votre voisin déclare « magnifique ce citron ! ». Assez souvent vous allez vous dire « c’était donc du citron, bien sûr », alors que pas forcément, vous étiez peut-être plus sur une note de clémentine ou d’orange. De plus, chacun déguste à son rythme et le tempo sera dicté par le plus impatient. Nous conseillons donc de déguster seul, ou au moins à distance, afin de bien se concentrer sur son ressenti, sans perturbation.

Mais, rassurez-vous, nous reviendrons un peu plus loin sur la formule la plus adaptée, selon nous, aux dégustations entre vieux potes épicuriens.

Dans quel verre déguster ?

Le verre, objet de nombreuses remarques en ligne « boire un tel rhum dans un verre comme ça, quelle idée ! ». Au début du parcours, il est courant de penser que le verre ne change pas grand-chose au rhum, mais c’est une erreur de penser ainsi. Le verre met en valeur le spiritueux et permet surtout de guider les arômes de manière extraordinaire. Le verre le plus utilisé, et le plus pratique, est celui de type grappa, aussi appelé le verre à pied. Tous les salons, ou presque, offrent des petits verres à dégustation, très pratique et plus que corrects en ce qui concerne ceux du Rhumfest et du Whisky Live. Référence parmi les références, le verre Ambient de Chef & Sommelier sera l’allié de vos dégustations.

Un exemple de verre à pied

Le moment de la dégustation

Si vous dégustez un brut de fût, n’oubliez pas de lui laisser une bonne demi-heure, minimum, d’aération. Ainsi, vous laisserez du temps aux premières effluves, plus chargées en alcool, de se dissiper. Encore une fois, si vous savez que votre « instant-dégustation » est à 21h30, rien ne vous empêche de servir votre verre 1h avant. La pièce où vous vous trouvez doit être la plus aérée possible pour apprécier pleinement votre nectar. Faites attention au repas précédent une dégustation, pas trop de piment ou de fromage fort pour ne pas altérer le jugement futur. Enfin, si vous dégustez plusieurs rhums, bien penser à boire de l’eau et à manger du pain entre chaque rhum, afin de bien « nettoyer » votre palais.

Réussir sa soirée dégustation entre amis.

Déguster seul, pour une note c’est bien. Déguster à plusieurs, pour le plaisir, c’est mieux. Il vous faut d’abord déterminer ce que vous allez boire et dans quel ordre. En effet, il ne suffit pas d’aligner les références aussi belles soient elles pour réussir sa dégustation. Il est important d’apporter de la cohérence et de réfléchir à l’enchainement. Il peut être intéressant de choisir un thème pour la dégustation : on peut faire des dégustations « verticales » avec plusieurs rhums d’une même distillerie ou une dégustation « horizontale » ou l’on va comparer un même millésime dans plusieurs maisons. Il peut être aussi intéressant d’organiser sa dégustation autour d’un thème (high esters jamaïcain, agricole brut de fût etc…). Il est toujours profitable de trouver une ligne directrice à la dégustation.

La line up c’est la vie

Construire la line-up d’une soirée dégustation est un moment passionnant, fait d’échanges et de débats. Pour certain c’est même le meilleur moment de la dégustation. Dans le cas d’une verticale Bielle, réalisée il y a quelque mois, il a fallu se dévouer pour goûter, comparer et sélectionner six références parmi une large gamme, pour rechercher la qualité du produit mais surtout sa cohérence dans l’ensemble. Dans une dégustation verticale, il est aussi intéressant de montrer les différentes facettes d’une distillerie quitte à sortir un excellent rhum de la sélection, car trop proche d’un autre rhum, mais encore meilleur.

Autre exemple, une de nos soirées dégustation avait pour thème les high esters jamaïcains. Nous avons construit notre line-up avec une montée progressive du niveau d’esters pour que chaque rhum soit mis en valeur (les Long Pond TECA et TECC sont bien plus appréciables après un H ou un HGML que bus directement). Il est possible de le faire aussi en augmentant le degré alcoolique à chaque fois, même si nous privilégions la puissance aromatique à la puissance alcoolique.

Attention, un rhum magnifique mal placé dans une dégustation peut perdre beaucoup de sa superbe.

Le guide d’achat de l’amateur éclairé

Le guide des achats sera plus difficile à faire ici puisque les goûts de chacun sont faits et que vous n’avez sûrement pas besoin de nous pour savoir quoi acheter. Alors, avant quand même de parler de nos coups de cœurs, nous avons un conseil, et une demande. Le conseil est de bien résister aux achats assez impulsifs, sans avoir goûté au préalable et surtout d’une bouteille dispensable. Sauf si vous avez très souvent des amis à la maison, un troisième VSOP martiniquais sera sûrement de trop. Surtout pour les bouteilles très spécifiques (high ester ou brut de colonne), il ne sert à rien d’empiler les références car les bouteilles ne descendent pas très vite. Il est important de se réserver des fonds pour les grosses sorties.

Notre demande maintenant : ne faites pas le jeu des spéculateurs. Laissez les collectionneurs s’en occuper, ils le font très bien. Vous avez manqué la sortie du Bally 18 ans de Corman Collins ? Il est (très) bon, mais vous aurez la possibilité de récupérer un sample, ou de goûter un produit approchant. Certaines bouteilles flambent pour des raisons assez obscures, ne faites pas le jeu des parieurs en recherchant à tout prix des jus rendus mythiques par l’effet des « Épuisés » des sites de vente. Pour que des prix flambent, il faut des vendeurs et des acheteurs. Pour conclure sur le sujet, privilégiez, quand c’est possible, les achats dans les caves plutôt que sur les forums. N’oubliez pas que le second marché fait du tort au premier et que les bonnes affaires sont rares sur Facebook.

Nos quelques coups de cœur (encore trouvables) : le Neisson 2005 pour Velier, belle bombe du Carbet. Du côté de chez HSE, le brut de fût 2007, chêne américain, permet une belle approche de l’impact du fût américain et offre une jolie dégustation. Le vieil oublié de Bielle, un rhum plaisir à la très belle note de fruits rouges. Pour la Jamaïque, le brut de fût de chez Ferroni est une belle découverte à faire également.

Le 2005 par Pierre

Partie “la dégustation entre amis” écrite avec Pierre

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