La suite des aventures de la team Culture Rhum au Rhum Fest

La première partie, c’est ici.

Avant d’attaquer les vieux, nous avons fini la session blanc par le Hampden Habitation Velier LROK blanc titrant 62,5°. Yessod (vous savez qu’il apprécie les Hampden) l’avait repéré et s’en régalait les papilles d’avance dès le début du salon, et l’attente valait le coup. On a également vu sur ce rhum toute la maitrise tactique de l’équipe Culture : je demande une goutte du breuvage, la nana a à peine le temps de prendre la bouteille que quatre bras supplémentaires parfaitement tendus surgissent, nous assurant ainsi une dose raisonnable pour goûter ce précieux liquide. Cette stratégie dite de l’encerclement a fait ses preuves et sera sans aucun doute très utile pour les sessions à venir…
Pour en revenir à ce rhum, on est dans une Jamaïque parfaitement maitrisée, un peu de colle et de banane rôtie évidemment, associées à une pointe d’exotisme pour un nez très agréable. L’alcool est superbement intégré dans ce liquide suave qui laisse oublier les watts, une finale puissante et fraîche. Un excellent produit donc.

Episode II – Les vieux (1ère partie)

Quoi de mieux pour attaquer ce chapitre que d’aller chez Depaz ? Une distillerie très attachante, qui sort depuis des années des produits de qualité et accessibles, et qui nous avait ravis avec son brut de fût 2000 l’an dernier. On retrouve sur le stand les désormais très connus 2002 et SC 2003, mais mon choix se porte sur la carafe Depaz Prestige XO.
La bouteille est presque vide, elle (se) finit donc dans mon verre, ce qui nous a permis de profiter de l’oxydation parfaite de ce rhum, avec un nez déjà très ouvert sur le boisé typique Depaz avec quelques touches de coco, une bouche également très familière avec toujours ce bois très fin et quelques fruits confits, on retrouve les notes de coco sur la finale, encore une très belle réussite de la maison.
Les autres membres de l’équipe goûtent le même liquide sorti d’une nouvelle carafe, et on a ainsi pu constater à quelle point l’oxydation est primordiale pour profiter des spiritueux, leur rhum étant beaucoup plus fermé, donc développant beaucoup moins d’arômes que le précédent. Nous ne le répèterons jamais assez, attendez au moins un quart d’heure avant de boire vos rhums vieux (faites-vous des ti punchs en attendant si vous avez soif), vous ne le regretterez pas !

On se retourne et on aperçoit le stand Demerara Distillers. Pour les néophytes, cette distillerie sort depuis des années les rhums El Dorado, et a récupéré depuis peu les fameux Diamond, Enmore, Skeldon, Albion… bref des rhums issus de différents alambics ayant enduré un long vieillissement tropical – pour une part des anges souvent supérieure à 70% – et pour lesquels il est désormais nécessaire de vendre un bras si vous cherchez les versions précédentes embouteillées par Velier.
On retrouve la typicité des vieux guyanais dans ce Demerara Albion 2004 à 60,2°, une robe d’un bel acajou, un nez puissant sur un boisé très élégant et prononcé du au long vieillissement, une bouche sur les mêmes notes sucrées et boisées avec un alcool fort bien intégré, pour une finale longue et un poil amère avec des notes de coco des plus agréables. Un très bon produit donc, pour une bouteille très chère quand même. Si on devait comparer avec les embouteillages Velier, que nous avons eu la chance de déguster, on retrouve les marqueurs très similaires, mais peut-être un peu moins de complexité aromatique dans cette version DD.

Arrêt ensuite chez Foursquare, distillerie très respectée pour la qualité de ses rhums de la Barbade, des rhums pâtissiers et fumés dont la version 2004 se pose comme l’un des meilleurs rapports qualité prix du marché.
On commence par le Foursquare Premise à 46%, qui a la particularité d’avoir passé 7 de ses 10 années en fûts de Sherry. Un produit très accessible, plutôt agréable mais pas très complexe, aux notes pâtissières et un sherry qu’on retrouve très présent sur la finale. On passe à son frère jumeau Foursquare Dominus à 56° avec un vieillissement majoritairement en fût de Cognac. Légère déception sur celui-ci, un poil plus de pêche, mais pas trop de caractère malgré toujours une certaine gourmandise. On termine par le Foursquare 2005, 59° et 12 années de vieillissement, qui démontre nettement plus de personnalité et de similarités avec le 2004. Quelques notes fumées, le côté pâtissier revient, de la personnalité mais un alcool bien intégré et une finale plus intense toujours sur des notes plutôt caramélisées. Un bon produit, mais pour avoir retesté son grand frère depuis, celui-ci reste au-dessus.

Mezan est à côté, un embouteilleur très respectable qui a toujours proposé des rhums abordables et sans ajouts frauduleux (sucre, colorants, etc – il faut être conscient que beaucoup de stands proposent ce type de produits, et qu’il y a une vraie demande quand on voit la taille du stand de Kraken…). Leur principale limite était de proposer des produits trop réduits pour nos palais brûlés, mais nous tombons sur le Mezan Long Pond 2000 Single Cask, embouteillé à 58,6°. Un nez très jamaïcain, mais moins de banane que sur les Hampden, une belle acidité sur l’attaque, un côté sec et épicé plutôt sympa, un rhum simple et accessible de bonne facture.

Episode II – Les vieux (2ème partie)

La pause est salvatrice pour certains d’entre nous qui se ravitaillent, l’air est frais et revigorant, nous sommes clairement d’attaque pour la dernière ligne droite.

Pour la reprise, on se dirige vers l’Habitation Saint-Etienne. Comme chaque année, on sent qu’ils y ont mis les moyens : le stand est long et propose beaucoup de références – qu’on aime cette maison ou pas, il faut leur reconnaître ce mérite. L’inconvénient associé est que le stand est littéralement blindé. Les gens de la maison du Gros Morne commencent à être fatigués, et ça squatte méchamment avec son verre plein alors que 3 rangées patientent derrière.
Nous arrivons à créer une brèche en entamant la discussion avec 3 larrons bien sympathiques – c’est ça l’esprit du rhum, tout vient avec l’échange – et optons pour le HSE brut de fût 2007 vieilli en fût de chêne français. Une attaque franche, on sent le bois neuf avec une bouche assez sèche, rehaussée par quelques notes plus vanillées, la finale est longue toujours sur le bois et légèrement astringente, c’est un bon produit sans aucun doute.

La plupart des membres du groupe trouvent le produit de qualité, et l’un de nos esthètes se fend de la citation du jour : « Chez HSE, la meilleure finition c’est pas de finition ! »

On continue dans la même veine avec le HSE brut de fût 2007 version chêne américain cette fois. Même attaque, mais plus de rondeur et d’arômes en bouche toujours sur des notes très boisées qui nous accompagnent assez longuement, victoire à ce dernier si l’on devait comparer les deux produits, qui restent néanmoins tous deux excellents.

Un petit dernier chez HSE, et on opte pour le HSE Single Cask 2003 qui avait conquis l’ensemble des convives lors d’une dégustation précédente, et qui ressort cette fois-ci dans une version embouteillée en 2018 (il y a eu deux versions, l’une en février l’autre en novembre, c’est la première que nous goûtons ici). Un nez puissant et parfumé sur les fruits noirs, une belle souplesse et un boisé très agréable en bouche, une finale plus que conséquente, nous sommes toujours conquis.

Les débats s’animent, la team Culture Rhum relance les discussions sur l’échelle de notation des dégustations (ça va de /5 à /100, comme quoi nous formons une équipe éclectique…), on n’arrive évidemment pas à se mettre d’accord, mais vu qu’on n’est pas rancuniers on continue et on retourne chez Savanna, qui lors de notre escapade de la première partie proposait un vieux des plus prometteurs, le Savanna 14 ans Single Cask Grand Arôme à 64,2°.
On retrouve dans ce rhum tout ce qui nous avait plus chez le Lontan blanc, l’olive est toujours présente mais le vieillissement lui donne un côté plus animal, la bouche nous apporte une touche de vanille des plus plaisantes, les épices apparaissent par la suite pour une finale longue, marquée par le retour de la vanille et quelques notes de noix. Un excellent rhum qui va sans nul doute garnir une partie des étagères de la team.

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Sur le même stand on retrouve New Grove, distillerie mauricienne qui nous avait conquis lors des versions précédents avec leur très beaux single cask 2004 et 2007. Le petit frère est arrivé, et nous goûtons donc le New Grove Single Cask 2009 embouteillé à 60°. Dans la lignée de la famille, on retrouve un nez puissant et flatteur avec ses notes d’exotisme, une bouche alliant très joliment un boisé puissant avec des fruits exotiques cette fois plus prononcés, la finale est longue et très agréable. Produit une nouvelle fois plus que validé.

L’heure tourne, on va rentrer dans le money time, et il faut faire des arbitrages. Vu la tendance nous décidons de ne pas changer de périmètre, et de retourner vers le stand habitation Velier pour s’attaquer cette fois à du sérieux, les Jamaïcains de la maison (ce HCLF, quel bonheur…). On débute avec le Habitation Velier Hampden LFCH 2011, un jamaïcain léger en esters (pour un jamaïcain hein) de 7 ans titrant 60.5°. Pas de surprise ici pour un Hampden, une attaque acide et vive, la banane plantain est bien présente, quelques notes d’hydrocarbures font leur apparition, le tout agrégé par une texture plutôt sirupeuse. On apprécie grandement.

Mon œil vitreux, mais averti, avait néanmoins détecté que lors de notre arrivée il y avait deux bouteilles de Hampden sur le stand, alors qu’ils ne servent plus que ce LFCH. Il y a vraiment une fâcheuse tendance à planquer des bouteilles sous le comptoir cette année. Pas vraiment besoin de négocier, on peut donc profiter d’un second jamaïcain, le Habitation Velier Hampden HGML 2010 9 ans à 62°, qui se distingue de son petit frère par un taux d’esters (particules lourdes aromatiques) nettement supérieur. La robe est plus sombre, la texture plus épaisse, le nez est typique Hampden mais plus riche et suave, l’attaque est épaisse et collante, les marqueurs typiques sont toujours là mais beaucoup plus concentrés avec un léger boisé en supplément, la longueur est plus que conséquente pour un rhum concentré à ne pas forcément servir aux néophytes, mais de toute beauté !

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En parallèle à cette dégustation, une partie du groupe a pu assister à un véritable cours de distillation animé par Daniele Biondi himself, qui n’a pas hésité à passer de l’autre côté du stand pour partager son expertise et sa passion à un cercle de participants aussi attentifs que conquis. La durée de fermentation, les esters, l’alambic… tout y est passé – en restant toujours accessible et souriant, un grand respect à ce Monsieur

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Un petit dernier pour la route chez Velier ? On opte pour le Velier Royal Navy Tiger Shark, qui est le successeur du Royal Navy Very Old Rhum sorti il y a quelques temps. Un blend de rhums des Caraïbes (la première version mixant Guyane, Trinidad et Jamaïque), titrant 57.18°. Un nez très puissant, une bouche boisé où l’on retrouve la Guyane, une finale longue, mais l’ensemble est peut-être un peu trop simple. On est sur un bon produit mais j’en attendais davantage, d’autant plus que le design de la bouteille est absolument magnifique.

La fin approche à grand pas, il faut jeter nos maigres forces dans une dernière bataille – la team est néanmoins toujours extrêmement motivée si on considère la puissance du « On va où maintenant ? » exprimé par Miam – nous choisissons donc Old Brother embouteilleur indépendant qui a récemment sorti quelques rhums ayant éveillé notre curiosité.

Ok Antho, on s’appelle !

Premier point, le Monsieur est passionné par ses produits, nous explique l’histoire de la sélection de ses bouteilles avec détails et émotion, c’est vraiment sympa comme moment – et nous impose un « tout ou rien » (= tu suis la dégust de bout en bout ou tu dégages). Ça nous va bien évidemment, donc on démarre le processus par le Old Brother Diamond MDK 2003 – 61.5°, une robe claire (notre hôte nous explique que les guyanais ont une fâcheuse tendance à colorer leurs rhums vieux), un produit bien équilibré avec un nez frais, une bouche vive où l’on retrouve d’étonnantes notes de pommes et de fruits verts assez plaisantes, et une finale correcte et astringente. C’est assez accessible et de qualité.
S’en suit le Old Brother Fiji FSPD 2009 – 63,3°, un nez très fidjien avec des notes de colle et de vernis fort sympathiques, la bouche est puissante mais l’alcool est très bien intégré, une pointe d’acidité et d’agrumes nous nettoie le palais, la finale est étonnamment douce. Pour qu’un rhum fasse l’unanimité comme ça, en fin de salon, c’est la preuve d’une très belle réussite.
Il va falloir conclure, et vu qu’on a un peu la flemme de bouger, on décide de finir par le dernier Bielle… blanc de la maison, qui est la relève des 72.8° et 72.6° que nous avons déjà eu l’occasion de déguster. Old Brother Bielle canne grise 73.4°, un nez absolument magnifique à la fois frais et sur les agrumes, une côté très suave sur une canne fort végétale en bouche assorti d’une belle finale, on finit vraiment sur du haut niveau.

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Comme tous les ans on repart avec le sourire. Au-delà des produits, cet événement reste très convivial et les échanges ont été à la fois complétement stupides et riches, ce qui fait la beauté de ce salon.

Un TRES grand merci à Flo pour ce magnifique compte-rendu !!

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