Si le Guyana, pour le commun des mortels, n’évoque pas grand chose, le constat est très différent du côté des amateurs de rhums. Placés sur la carte du monde par Luca Gargano, les rums de l’ancienne colonie britannique faisaient partie des références du très haut du panier. Comme les rhums de Jamaïque, les rhums de Guyana ont longtemps été cédés aux brokers européens, et n’étaient donc pas embouteillés par les marques elles-mêmes. Hélas, avec la reprise en main par la marque directement, la qualité est bien plus fluctuante, et l’image Guyana s’éloigne petit à petit de celle laissée par les embouteillages mythiques de Velier (citons au hasard des références comme le Skeldon 1974 ou l’Enmore 1995).
Nous avons voulu en savoir un peu plus et vous proposons donc une dégustation en trois temps des rhums de Guyana.

On commence par le millésime le plus récent des trois, un embouteillage officiel. Malgré des noms ronflants, les embouteillages de la gamme Rare Cask n’ont pas eu une succès monstre, tout du moins en France. Le packaging est sympa, les prix élevés mais pas astronomique, mais les retours n’ont pas été nombreux. Nous avons donc voulu nous faire notre propre avis sur l’Albion 2004.

Les caractéristiques

Degré alcoolique : 60,1%
Intégration de l’alcool : Excellente
Age : 14 ans
Particularité : Brut de fût et distillation en colonne Savalle

Au nez, le profil est très fruité, entre fruits rouges et mangue, avec une petite note de caramel enrobant des noix. Un joli boisé est également présent. Ce mix de fruits, de fruits secs et de boisé est très agréable, c’est un très joli nez.
En bouche, on retrouve certains des arômes du nez (la mangue et la noix particulièrement) mais le café a remplacé le boisé, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Cet Albion ne tombe jamais dans une gourmandise trop intense, et l’équilibre est juste top entre les fruits et la torréfaction.
La finale est assez longue, avec des notes de café (légèrement sucré) et de boisé.

Un très joli rhum, original, qui réussit le tour de force d’être à la fois accessible et complexe. Les notes de fruits et de torréfaction n’ont pas toujours l’habitude d’être présentes en même temps et c’est fort dommage, car c’est agréable !
Notre note : 16,5/20

Parmi les rhums d’hier et d’aujourd’hui, les Demerara embouteillés par Velier occupent une place particulière. Assez largement diffusés au début des années 2010, ils sont devenus de plus en plus rares, et l’arrêt de la collaboration entre DDL et Velier a fini de leur conférer le statut de licorne. C’est dans ces bouteilles noires, devenues mythiques, qu’ont été embouteillés les rhums parmi les plus réputés et les plus recherchés : on peut citer les inaccessibles Skeldon 73 et 78, les Albion 86 et 94 ou encore les fabuleux Enmore 95 et Blairmont 91.
Heureusement pour nous, Flo, notre expert en Rhumfest, est amateur depuis de longues années, et a eu la brillante idée de ne pas boire tous ses Demerara avant de nous connaître. Cela nous permet de re-déguster (après la soirée Demerara pour les un an du site) un rhum dont le profil nous avait alors charmé au milieu de mastodontes tel que le Enmore 1995 ou le Port Mourant 1993 : le Uitvugt 1997 ULR.
Pour un approfondissement plus technique des rhums « Demerara » nous vous conseillons l’article de Guillaume Ferroni publié par Durhum.

Les caractéristiques

Degré alcoolique : 59,7%
Intégration de l’alcool : Parfaite
Age : 17 ans
Particularité : blend de 5 fûts pour 1404 bouteilles

Au nez, et dès le service, nous sommes accueillis par des notes légères de vernis et de colle. Celles-ci prennent leur temps pour se dissiper et laisser place à a des notes plus gourmandes. Ensuite vient la noix de coco, sans aucun doute tante elle est présente. Une coco opulente qui servira de trame tout au long de la dégustation. Le bois est précieux, comme un beau meuble dans une boutique d’antiquité. L’aération prolongée fait apparaitre des notes légèrement plus amères autour de l’amande et quelques jolies épices douces. L’ensemble est très concentré, équilibré et cohérent. Quel nez !
En bouche la concentration est toujours de mise. On est sur un de ces rhums qui tapisse littéralement le palais. Les premières notes sont gourmandes, toujours autour d’une belle coco bien sucrée, avant que le boisé vienne nous donner un coup de fouet. Quelle évolution ! Le boisé est ici bien plus sec qu’au nez. Viennent ensuite des notes plus douces ou s’entremêlent vanille, réglisse et cannelle.
C’est un très beau voyage gustatif en trois temps qui se termine, sur une longue finale toujours sur la coco légèrement torréfiée.

Si ULR signifie Uitvlugt Light Rum, nous ne sommes pas tout à fait ici sur un rhum léger, car cet Uitvlugt 1997 est un rhum assez bluffant d’intensité, qui propose une très agréable gourmandise tout en affichant une belle complexité.
Notre note : 16,5/20

Venu du monde du whisky, Samaroli existe depuis 1968 et a été le premier embouteilleur de whisky non britannique. Son épouse Maryse continue de faire vivre l’importante collection privée de Silvano sous la collection Masam, contraction de Maryse et de Samaroli. Dans de beaux flacons, faisant penser à des fioles d’apothicaire, on retrouve les plus belles références de la marque, à prix relativement élevé. Même si on retrouve essentiellement du whisky, il y a également des rhums, comme un Hampden 1992 qui jouit d’une belle réputation, et le Port Mourant 2003 qui nous intéresse ici. Nous avions déjà été convaincu par l’embouteillage 2019, que l’on retrouve ici avec un an de plus dans un embouteillage 2020.

Les caractéristiques

Degré alcoolique : 53,5%
Intégration de l’alcool : Très bonne
Age : 17 ans
Particularité : brut de fût

Alors que l’on pouvait s’attendre à un nez très expressif sur le bois on se retrouve face à un concentré de douceur. Un nez beurré/pâtissier très charmeur. Une belle gourmandise donc complétée par des fruits (kiwi / kaki ) et quelques épices toujours douces. Le boisé reste étonnamment discret, ce qui nous donne un nez à la fois séducteur mais auquel il manque ce petit quelque chose en terme d’évolution pour être inoubliable.
En bouche, on est toujours sur un profil qui laisse la part belle à la gourmandise, ce Port Pourant nous promène entres les fruits, les épices et un boisé qui s’affirme enfin en restant très gourmand. Les fruits sont ici plus acidulés, on retrouve de la passion mais aussi des agrumes (citron vert / yuzu). Des notes de tabac introduisent un joli boisé qui donne beaucoup de corps et de complexité à ce rhum, pour nous amener sur une finale courte mais agréable aux accents de vanille.

Un nez charmeur, et surtout une bouche complète et complexe, permettent à ce Port Mourant d’être un peu plus qu’un joli bonbon pour devenir un rhum qui allie gourmandise et complexité.
Notre note : 16/20

Conclusion

Eh bien, très belle dégustation !
Si aucun des embouteillages récents (le 1er et le 3ème) n’arrivent au niveau des meilleurs embouteillages Velier, il n’y a pour nous aucun doute que l’Albion 2004 aurait très largement sa place dans une dégustation Guyana avec quelques Velier pour moins réussis. Les bons Demerara ne sont pas morts, mais plus rares.

NB : merci à Marco pour les samples et la photo du Port Mourant 🙂

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