Skip to main content

L’Asie du Sud-Est connaît depuis quelques années une belle présence dans le monde du rhum autour de quelques locomotives : Issan en Thaïlande, Chalong Bay à Phuket, Sampan au Vietnam… et pour cause : nous sommes ici aux origines, dans le berceau de la canne à sucre.

Et il faut reconnaître une région très peu présente sur nos pages — par habitude peut-être, par manque de curiosité aussi sûrement, par goût aussi : chez Préférence Rhum, on goûte ce que l’on aime, et nos pages sont assez orientées vers les rhums des Caraïbes, Martinique et Guadeloupe en tête.

Il n’est jamais trop tard pour corriger cela : nous vous proposons dans les prochaines semaines un petit tour des rhums d’Asie, en essayant de mettre en avant des produits artisanaux et propres qui correspondent à notre vision du rhum.

AMPOV

Le Cambodge n’est pas encore un pays que l’on associe spontanément au rhum, pourtant la canne à sucre y pousse en abondance. Depuis 2021, la jeune distillerie Ampov tente de corriger cette anomalie avec une approche « du champ à la bouteille » : sans additifs, sans colorants, sans sucre ajouté. Une démarche encore rare dans cette partie du monde, où le rhum est souvent perçu comme un produit de masse aux ambitions plus industrielles.

Une approche qui nous parle tout particulièrement. Installée à proximité de Phnom Penh, la canne locale y est récoltée à la main et pressée le jour même afin de préserver la fraîcheur du jus. Une approche que l’on retrouve en Martinique et en Guadeloupe notamment.

Une des particularités du savoir-faire AMPOV repose sur une fermentation longue, qui laisse le temps aux levures de développer un profil aromatique plus concentré. La distillation se fait ensuite en alambics en cuivre.

AMPOV Blanc pur jus récolte 2023 — 55%

On est ici sur un blanc de la gamme classique. Il existe une version à 42°, mais on passe ici directement à la version 55°. Un pur jus donc, distillé en alambic avec une fermentation relativement longue de 4 à 5 jours.

Au nez, ça marche très bien : la canne est intense, fraîche, opulente. La présence à ce point de la matière première est remarquable. On notera aussi une pointe de salinité, un petit côté A1710 en fait, ainsi que des notes citronnées.
En bouche, on retrouve cette opulence et ce côté gras. La canne est accompagnée de notes de fruits tropicaux qui donnent un côté collant au jus, assez surprenant sur un rhum blanc. C’est globalement très rond et agréable.

On est réellement sur un rhum blanc « de dégustation » qui se suffit à lui-même et, si on veut le transformer en ti-punch, un trait de citron vert suffit.
Notre note : 88/100

AMPOV « WILD » 2023 — 55%

La version sauvage du rhum précédent, avec une fermentation spontanée et rallongée pour obtenir une puissance aromatique plus importante.

Au nez, on est un peu décontenancé en enchaînant les deux. Difficile de trouver la filiation si ce n’est sur les notes iodées/marines. Ici, tout est plus rude : un côté un peu aigre, de la saumure, du vinaigre… il y a beaucoup de choses. Si l’on doit faire un parallèle, on peut retrouver sur certains haïtiens un profil de ce type. La canne est toujours présente mais beaucoup plus végétale. L’aération lui fait beaucoup de bien.
En bouche, on est dans la continuité, mais tout est plutôt pas mal fondu et finalement la canne arrive à maintenir un équilibre incertain avec les arômes plus sauvages et rustiques. On le garde longtemps en bouche, avec une belle sucrosité en fin de course.

On a eu un peu peur au premier nez et, dégusté juste après le pur jus classique, le côté rustique et brut de ce jus nous a sauté au nez. Une version authentique d’un savoir-faire à ne pas mettre entre toutes les mains.
Notre note : 85/100

AMPOV Ambré Ex porto 2024 (mélasse) — 45%

Il s’agit ici d’une série limitée dans la gamme des single cask que propose la distillerie.
Sur le papier, on est complètement à côté de nos goûts : ESB / Ex-Porto / 45°, c’est un peu les trois critères qu’on évite en général… peut-être que les trois ensemble, ça s’annule ?

Au nez, c’est plutôt sympa : le jus conserve une certaine fraîcheur et les vieillissements ex-Porto permettent en général d’apporter une bonne dose de bois sur des rhums très (ou trop) jeunes. On retrouve une filiation avec le Wild sur le côté saumure/olive, mais le passage en fût corrige la petite âcreté que l’on y avait décelée.
En bouche, c’est un peu la même idée : on retrouve l’esprit de la fermentation longue, largement assagi par le fût. Ça manque un peu de pep’s, même s’il n’y a pas de fausse note. On évite par exemple le côté soufré de certains ex-Porto.
Le porto est surtout présent sur la finale, en duo avec l’olive, ce qui apporte une signature à ce jus qui en avait besoin.

On est effectivement très éloigné de nos goûts, mais on a ici un produit abouti, accessible et finalement assez séducteur grâce à son degré raisonnable et sa finale plutôt sympa.
Notre note : 84/100

Commentez cet article