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Bienvenue dans le royaume au million d’éléphants, avec un nouveau venu dans le paysage des rhums pur jus de canne asiatiques : Madilao. Installée à Luang Prabang, dans le nord du Laos, la petite distillerie a été fondée par Julien (fondateur de Matoutou) et Éric Mansion, deux frères qui distillent principalement des cannes fraîches locales sur leur petit alambic chinois.

Ici, nous allons découvrir leurs premiers rhums blancs, l’un officiel, à 59%, et l’autre sorti par Vagabond Spirits à 64%. Enfin, nouveauté de l’année 2026, ils viennent de sortir un Baijiu 100% riz gluant, fameux spiritueux chinois, que le fan de Baijiu que je suis s’est fait un plaisir de déguster.

C’est parti pour un joli voyage gustatif !

Rhum blanc – Officiel

  • Degré : 59 %
  • Distillation : Pot Still
  • Matière Première : Pur Jus de Canne
  • Fermentation : 3-4 jours
  • Récolte : 2024
  • Repos : 18 mois

Le premier nez nous emmène presque directement chez Longueteau, une belle explosion de canne, de la fraîcheur, du zeste de citron vert, de la papaye et une pointe un peu plus végétale. C’est très expressif et nous invite à plonger dedans les yeux fermés.
La bouche est d’une impressionnante sucrosité, les agrumes arrivent, avec du citron en tête de file, des notes végétales, et un gras vraiment plaisant. L’alcool est vraiment bien maîtrisé pour ses 59%, avec un léger poivré qui apparaît en fin de bouche. La finale devient plus végétale, avec une note légèrement terreuse à la fin pour équilibrer le tout, juste comme il faut !

Pour l’avoir essayé en ti-punch, il donne évidemment pleine satisfaction, largement au niveau de grands classiques des Caraïbes.
Notre note : 87/100

Rhum Blanc – Vagabond Spirits

  • Degré : 64 %
  • Distillation : Pot Still
  • Matière Première : Pur Jus de Canne
  • Fermentation : 3-4 jours
  • Récolte : 2024
  • Repos : 6 mois en amphore

Voici la version sortie par Vagabond Spirits, issu de la même campagne 2024, mais reposée 6 mois en amphore, et sorti à 64%.

Le nez est beaucoup plus poivré, venant apporter un gros coup de peps au profil citronné original, et avec une sucrosité encore très marquée. On est sur le citron confit, un peu d’ananas et de la papaye. On retrouve la trame Longueteau mais avec plus de complexité et d’originalité que sur la version précédente.
La bouche est plus vive évidemment, avec une onctuosité assez bluffante, le gras est démultiplié, le poivré toujours bien présent, légèrement épicé, venant contrebalancer les agrumes et le citron. La finale est bien poivrée, avec un côté végétal qui revient pointer le bout de son nez.

Une trame similaire au précédent, mais avec de vraies différences. Si le premier est un bonbon, facile et au plaisir immédiat, celui-ci demande plus de patience pour être dompté, mais sa complexité offre un très joli moment de dégustation.
Notre note : 89/100

Rhum Blanc High Ester

  • Degré : 58 %
  • Distillation : Pot Still
  • Matière Première : Mélasse
  • Fermentation : 10-15 jours avec ajout de Dunder
  • Récolte : 2024
  • Particularité : HELP (High Ester Luang Prabang)

Madilao prévoit de sortir un rhum High Ester prochainement (pur jus ou mélasse ? Mystère :)), c’est l’occasion parfaite pour sortir un sample expérimental récolté sur place par Nicolas (Vagabond Spirits) que je gardais dans un coin… Pas représentatif de cette future sortie, c’est avant tout un bel aperçu de leur volonté de se diversifier et d’éprouver leur maîtrise technique.

Nous voilà donc dans un tout autre registre. Le nez est toujours très frais malgré l’utilisation de mélasse, mais avec une trame fumée vraiment marquée et plaisante, rappelant notamment le citron brûlé. Très herbacé, ça rappelle certains rhums mexicains un peu sauvages, sans forcément tomber dans le Clairin, avec surtout une grosse présence de géranium et de bonbon Arlequin.

La bouche est très végétale, presque médicinale, avec un côté chlorophylle et menthol très marqué, assez surprenante, la fumée arrivant en second plan au début. Il y a une sucrosité vraiment intense, sur le bonbon Dragibus, avec un peu de colle, et ce géranium vraiment intense. Tout cela se trouve cependant petit à petit couvert par un voile de menthol et de fumée qui remplit la bouche de manière presque étouffante.

Clairement expérimental, ça ne plaira pas à tout le monde, mais pourrait être terriblement efficace en Daiquiri. Hâte de découvrir ce que la version officielle donnera !

Baijiu

  • Degré : 50 %
  • Distillation : Pot Still
  • Matière Première : 100% riz gluant
  • Production : 2026
  • Fermentation : 1 mois
  • Affinage : Jarres en terre cuite

Petite note de l’auteur : ayant vécu 10 ans en Chine, avec ma belle-famille sur place, j’ai pu goûter pas mal de Baijiu, mais jamais qui soient à 100% issus de riz gluant, ce sera donc une découverte. Pour info, le baijiu est souvent un mix de différentes céréales.

Le nez est assez doux, on pourrait croire à un alcool de fruit, avec un côté eau-de-vie de poire notamment. Il y a aussi en arrière-plan une trame plus classique du Baijiu, avec ses esters caractéristiques et une note fermentaire assez marquée sur le levain. La bouche est douce et sucrée, l’alcool quasiment imperceptible, on garde ce côté alcool de fruit, tout en se rapprochant d’un rhum agricole, avec ses notes de fruits jaunes, la poire, quelques agrumes, et du sirop de canne.

Beaucoup plus doux et gourmand que certains Baijiu classiques, il est très accessible et offre un moment plein de gourmandise. Difficile à classer, l’amateur de rhum ne devrait pas être totalement dérouté, même s’il manquera peut-être un peu de caractère pour les amateurs du genre.

Lao Khao

  • Degré : 55 % (environ)
  • Matière Première : 100% riz gluant
  • Année : 2011

Pour finir cette belle dégustation, c’est l’occasion d’ouvrir une petite bouteille de Lao Khao ramenée en 2011 lors d’un voyage que j’ai pu faire au Laos.

Le nez est très floral, doux et sucré avec des accents d’eau de rose et de jasmin, se rapprochant presque plus de l’univers du parfum. Pas désagréable, mais pas forcément engageant.
La bouche elle n’est vraiment pas agréable, et passé le côté floral, elle devient très âcre, avec une texture huileuse, presque synthétique. Je vais m’arrêter là, car je ne suis même pas convaincu que ce soit forcément très comestible au final…

Après discussion avec Julien, il semblerait que bon nombre de distillats locaux soient, en effet, trafiqués avec des parfums de fleur, et que l’on trouve la présence de têtes et de queues. Bref, attention à ce que vous achetez parfois dans ce genre de pays, mais les surprises ne sont pas toutes bonnes 🙂

Conclusion

Pour de premiers rhums blancs, le niveau est déjà très élevé, et de quoi ravir les amateurs du genre. Si l’on pouvait sans doute s’attendre à un peu plus d’originalité en venant d’une destination unique en son genre, c’est surtout la précision et le plaisir qui marquent. Le rhum blanc high ester devrait arriver dans le courant de l’année, accompagné de premiers ESB, alors forcément on a vraiment hâte !

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