Le mois de décembre à été riche en découvertes pour l’équipe de Préférence Rhum, et, pour être tout à fait transparent, nous avions prévu de conclure ce calendrier de l’avent par la dégustation du merveilleux Chantal Comte Depaz 1975. Pourtant, il y a quelques jours, nous avons pu ouvrir non pas une, mais deux des références parmi les plus mythiques du rhum agricole (et du rhum tout court, disons-le clairement).
C’est donc avec une certaine solennité que nous avons fait sauter début décembre l’un des 290 bouchons de la Neisson 21 ans et l’un des 70 de la Neisson 1997 embouteillée pour l’anniversaire de Velier. Forcément, de telles bouteilles auraient mérité une soirée dégustation à part entière mais, 2020 oblige, c’est grâce aux service postaux et à zoom que la dégustation aura lieu, avec, une fois n’est pas coutume, l’équipe Préférence Rhum au grand complet. Cette dégustation permettra aussi de remettre une pièce dans notre éternel débat : Bielle ou Neisson ?
Nous avons donc face à nous deux des plus vieux millésimes embouteillés par la distillerie du Carbet (et plus globalement deux des plus vieux agricoles), deux références qui donnent des frissons. Mais la réputation ne fait pas tout, et c’est avec une grande impatience que nous laissons les rhums s’aérer.
Nos attentes sont énormes, il faudra de sacrés jus pour y répondre !

Les caractéristiques du 21 ans

Degré : 45,3%
Intégration de l’alcool : Parfaite
Age : 21 ans
Nombre de bouteilles : 290
Fiche Rum Tasting Notes

Les caractéristiques du 97 pour Velier

Degré : 44,1%
Intégration de l’alcool : Parfaite
Age : 20 ans
Nombre de bouteilles : 70
Fiche Rum Tasting Notes

La dégustation

Au départ, le nez du 21 ans est plutôt discret même si il nous offre un bel équilibre entre bois et épices. Avec de l’ouverture, on tombe sur une magnifique pâte d’amande grasse et le boisé est toujours justement dosé. Viennent ensuite de jolis fruits plus exotiques qui finissent de, finalement, nous proposer un nez ample, complexe, fondu, tout en classe. En fait le nez du 21 ans nous semblent un poil en retrait pour la simple et bonne raison que, juste à côté, le 1997 embaume la pièce de toute son opulence.  Une myriade de fruits plus ou moins exotiques accompagne de belles notes florales. L’amande est toujours là, et le boisé est toujours aussi noble. Avantage 1997 sur le nez, non pas que le 21 ans ait le moindre défaut mais là où le 21 ans nous fait penser à un prodige qui maitrise parfaitement sa partition, le 1997 ressemble plus à une rock star qui écrase tout sur son passage.

En bouche, nous décidons d’attaquer la dégustation par le 21 ans, pour suivre la logique du nez (à défaut de suivre le titre alcoolique). La première gorgée est accueillie par un silence de cathédrale, nous sommes subjugués par la qualité du jus que nous dégustons, et il nous faudra quelques minutes pour nous remettre dans la dégustation après la baffe de la première gorgée. La première sensation n’est pas un arôme mais une texture : du velours. L’impression de boire un jus dense, concentré à l’extrême mais d’une grande douceur. La complexité est affolante. Les fruits sont merveilleux, l’intensité du boisé est parfaite, et, malgré ses 21 ans, le bois reste gourmand, structurant et soutient les arômes. Quelques petites notes de tabac, un duo vanille-chocolat qui n’est pas sans nous rappeler la cuvée Sacha. Les notes empyreumatiques, toujours dans la texture, entre une sensation cendrée et une légère fumée, viennent compléter un tableau déjà bien rempli.
Le 1997 nous offre un profil encore une fois assez différent. La rock star du nez ne s’est pas assagi. On part sur un terrain beaucoup plus frais. Des notes végétales, presque mentholée, nous accueille. La canne est gorgée de sucre, presque fibreuse. Le boisé apporte une belle amertume. Là encore on est face à une concentration folle. Si on ne retrouve pas l’exceptionnelle volupté du 21 ans, on a tout de même une belle intensité qui emplit les moindres recoins du palais.

Conclusion

Ces deux rhums nous ont mis KO !
Pourtant, nous étions affûté, prêt à déceler la moindre faille, après un mois où nous avons enchainé les dégustations mythiques. Mais ni le Libération 2012, le Caroni 1992 FP, le Depaz 1975, le Uitvlugt 1997 ou encore le Sainte Luce 1977 nous ont emmené aussi haut que ce duo de Neisson. Signe suprême de la qualité des rhums : arriver à toucher l’exceptionnel sur deux profils aromatiques aussi différents.

Pour le Neisson 21 ans, notre note : 18/20
Et pour le Neisson 1997, notre note : 18/20

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