Ceux qui nous suivent depuis un certain temps ont pu s’apercevoir, au fil des articles, que nous aimons les rhums blancs chez Préférence Rhum. Que ce soit lors des dégustations de ces deux bruts de colonne de chez Bielle embouteillés par Old Brother, lors des compte rendus des Rhumfest par Flo, nous débutions même le premier article du site par une question à François Longueteau sur ses parcellaires. Nous avons donc décidé de faire plus de dégustations de rhums blancs et de les noter.

Si nous passons aujourd’hui le cap et ouvrons une section de dégustation de blancs c’est que nous pensons que ces rhums ont une qualité, une variété et une richesse suffisante pour nous permettre de faire des dégustations dignes d’intérêt.
Pour notre équipe d’amateurs éclairés qui s’intéressent aux bouleversements et aux évolutions du monde du rhum, il était tout simplement impossible de continuer à ignorer les rhums blancs. De plus, certains rhums atteignent des prix de vente proprement exorbitants, il y a un vrai intérêt à savoir apprécier des rhums plus simples, en apparence, mais qui garderont un rapport qualité prix assez correct.
Suivez-nous donc, si vous appréciez la fraicheur et la pureté de ces rhums, quel que soit votre mode de dégustation…

De l’évolution récente des rhums blancs.

Ces dernières années ont vu une évolution des gammes de rhums proposés par les distilleries. Dépassé le blanc à 40°, le VO, le VSOP et le XO. Les gammes sont plus étoffées et plus variées. Si les gammes de vieux ont commencé à se développer – on pense ici aux millésimes, aux bruts de fût, aux réserves spéciales ou aux single cask – les rhums blancs ont emboité le pas avec des versions brut de colonne, des monovariétaux et des parcellaires.
Un certain nombre de rhums sont venus dépoussiérer l’univers des blancs. Citons, de manière non-exhaustive, l’Esprit de Neisson, les Parcellaires et le Genesis Longueteau, la Canne Bleue de Clément, la cuvée 2000 d’HSE, le Rhum Rhum PMG… On a même eu droit à des versions numérotées comme l’Arbre du voyageur et la Tour de l’or de Chantal Comte, le récent brut 2 colonnes de La Favorite, les Bielles brut de colonne de Old Brothers ou le Renaissance de la distillerie A1710… Il est bien loin le temps des rhums blancs agricoles qui servaient uniquement au ti punch !
Le monde du pur jus est en pleine ébullition avec les grogues du Cap Vert, les Clairins d’Haïti, des rhums blancs au Vietnam, en Thaïlande, dans les îles du Pacifique !
Mais la mélasse bouge aussi puisqu’on trouve des ovnis tels que les Jamaïcains sortis par Habitation Vellier, le Herr et le Lontan de Savanna… Devant une telle richesse et une telle variété, qui pourra encore dire que les rhums blancs se ressemblent tous ?
Et c’est bien là une question centrale, puisque le rhum blanc n’est pas altéré par un vieillissement en fût. Les rhums vieillis perdent rapidement leurs spécificités, pour n’avoir “que” le travail du fût et de la maturation. Il représente donc la version la plus pure du travail de la distillerie. On peut y retrouver l’expression d’un terroir. On va retrouver la canne bien sûr, mais aussi la terre et le taux d’hygrométrie, chacun de ses facteurs ayant une influence sur les arômes présents dans le verre. La notion de terroir, si chère aux amateurs de vin, prend par exemple tout son sens dans le contexte du rhum blanc agricole.

Une chose est sûre, les rhums blancs ont passé des caps importants en termes de qualité et deviennent le nouveau terrain d’expression des maitres distillateurs. Nous avons la chance de voir ce produit évoluer sous nos yeux, ce qui fait une excellente raison de commencer à boire du rhum blanc, ou de continuer.

Comment boire ses rhums blancs ?

Déguster et noter un blanc pose cependant de nombreuses questions que nous évoquions dans l’article sur la notation chez Préférence Rhum. En effet si nous aimons tous le rhum blanc, nous les dégustons tous différemment ; certains le boivent sec, certains en Ti-Punch plus ou moins chargés en sucre et même en cocktail. Comment noter un produit de manière uniforme alors que les modes de dégustations diffèrent en fonction de l’amateur ?
La réponse s’imposera d’elle-même, nous dégusterons les rhums blancs comme nous le faisons avec les vieux, c’est à dire sec, avec le temps d’aération et de dégustation nécessaires : c’est la seule façon de déguster un produit sans le dénaturer. Ceux d’entre nous qui l’apprécient en ti punch pourrons agrémenter leur note de dégustation avec un bonus citronné.
En revanche, et c’est aussi une des choses qui nous avait fait temporiser avant de nous lancer dans la dégustation des blancs, nous sommes conscients que comparer des rhums blancs et des vieux aurait peu d’intérêt. Les amateurs n’y cherchent pas la même chose, et nous non plus. Le rhum blanc est souvent catalogué dans les apéritifs, sec ou en cocktail, le rhum vieux lui se range dans les digestifs un peu plus nobles. Nous commençons souvent les dégustations de plusieurs rhums par un blanc, pour ouvrir le palais, mais il ne nous viendrait pas à l’idée de déguster un blanc après certains vieux.
Si nous ne faisons pas de comparaison entre les rhums, les rhums blancs et les rhums vieux auront chacun leur propre échelle de valeur. Nous repartons donc sur les rhums blancs avec une toute nouvelle notation sur 20. Notre meilleur blanc jamais bu à ce jour se situerait à une note de 18/20 et le pire à 2/20. Cela nous laissera de la marge pour pouvoir être surpris en positif, comme nous l’espérons, ou en négatif. Il ne manque que le brave chevalier qui ira gouter ce qui se fait de pire en rhum blanc pour chercher une note en dessous du 2/20, force et honneur à lui !
Assez discuté passons à la dégustation avec un rhum assez emblématique, un vrai coup de cœur pour certains d’entre nous, le Bielle Canne Grise.

La Canne grise est une canne originaire de la Barbade, qui résiste bien à la sécheresse et qui s’est très bien adaptée au climat de Marie Galante.
Dégustation pure de ce rhum blanc qui titre quand même 59%, c’est un classique qui est devenu en quelques années une référence de la distillerie Bielle. Nous le buvons souvent en début de dégustation, en ti punch pour certains d’entre nous, c’est un rhum facile à boire et agréable mais qu’en restera-t-il sur une dégustation soutenue et attentive ?

La dégustation

Un nez très gourmand avec des arômes de citron et une présence de canne fraiche très bien intégrée. L’alcool est très discret pour un rhum de ce degré.
Une bouche qui commence par une note douce de miel sauvage, on retrouve le citron jaune, toujours la présence de canne et des notes anisées, légèrement pimentées en fin de bouche.
Finale végétale et fraiche, la canne s’efface pour laisser la place à une menthe poivrée.

La première barre est très haute : 17,5/20 (sur l’échelle des rhums blancs)

Un mot pour les amateurs de ti punch :
Pour ce rhum où l’alcool est très bien intégré, pas besoin de sucre selon nous. Il est très parfumé donc on évitera de laisser le zeste du citron vert pour ne pas charger ce rhum en amertume. Le Bielle Canne Grise est un modèle d’équilibre il serait dommage de le dénaturer !

En résumé : Quelle gourmandise, avec une intégration de l’alcool parfaite, c’est un modèle d’équilibre.

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