Un Vale Royal royal ?

Depuis quelques années déjà, les rhums premiums jamaïcains sont entrés massivement dans les caves des amateurs de rhum. Ces derniers temps, cette tendance s’est accélérée sous l’impulsion de l’importateur italien Velier, qui a récemment mis en valeur les distilleries Worthy Park et Hampden sous sa gamme « Habitation Velier ».

C’est avec Long Pond, et de belles bouteilles noires, que nous retrouvons la Jamaïque et Velier autour d’un projet visant à proposer 4 rhums de 4 marks (c’est-à-dire le taux d’ester) différents. L’idée était de rendre hommage à d’anciennes distilleries jamaïcaines aujourd’hui disparues. The Vale Royale Wedderburn fermée en 1959 a donc été honorée avec ce 2006.

Nous avons ici affaire à un pur single rum distillé en pot still et vieilli 12 ans sous les tropiques pour une part des anges supérieur à 60%. Au niveau des esters, nous sommes sur le plus « léger » des quatre avec un taux compris entre 150 et 200. Ce qui signifie basiquement que nous ne sommes pas dans le Jamaïcain sur l’ananas et la banane trop mûrs et l’acidité à outrance. Il est donc possible de se rendre compte de ce que sont les esters en comparant les différentes cuvées de cette série (pour l’anecdote, le Long Pond 2007 a une mark TECC qui correspond à un taux d’ester entre 1500 et 1700).

3412 bouteilles exactement ont été obtenues à partir de 11 fûts, ce qui nous met plutôt à l’abri, à court terme au moins, de la spéculation souvent effrénée sur les rhums premiums et notamment les bouteilles noires de Velier.

La dégustation :

Une fois le contexte déchiffré, il est temps de faire place à la dégustation :

Dans le verre nous retrouvons un rhum a la robe miel foncé / acajou.

Le nez quant à lui est très évolutif, on distingue assez nettement trois étapes et il sera intéressant de longuement humer son verre avant la dégustation. Dans un premier temps on se retrouve  sur quelque chose de très expressif, voir agressif, avec des arômes puissants, les marqueurs jamaïcains (solvant) sont présents mais discrets. Après un temps d’ouverture, le nez s’assagit, partant des fruits aux épices (muscade, poivre) pour revenir aux fruits plus mûrs. Le dernier nez se conclut sur une pointe florale et  vanillée, chocolatée et l’ouverture sur le fut. Une certaine fraîcheur accompagne l’ensemble du nez.

En bouche, l’alcool est très bien intégré, malgré les 62.5 degrés, ce qui est assez impressionnant. L’acidité typique de la Jamaïque est présente, sans que ce soit gênant. Les arômes sont sages, délicats. Les premiers arômes sont dans la continuité du nez avec du fruit et un peu de vanille.  Ensuite, un très joli boisé s’installe et s’accompagne d’un menthol très surprenant en complément d’une jolie muscade qui vire sur le tabac.

La finale est gourmande, sans astringence, sur le fruit et finit avec une belle note de réglisse.

Pour conclure :


C’est un rhum très réussi, à la fois complexe et accessible, qui sait nous entrainer sur tous les terrains, le fruit, les épices, le bois. Il nous surprend là où on ne l’attendait pas : sur la finesse avec malgré tout une gourmandise qui nous accompagne du nez à la finale.
Il présente un nez sage, qui tire vers la Guyane, et une bouche qui laisse découvrir la touche jamaïcaine sans jamais en faire trop.

Un délice, qui mérite un beau 16

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