L’effet du vieillissement, analyse comparée : dégustation n°3

Suite et fin de notre périple autour du vieillissement. Après les Genesis de Longueteau et les bruts de fût de Depaz, nous nous intéressons pour cette dernière dégustation au fameux 2003 de l’Habitation Saint-Étienne. Après l’étude d’une même base vieillie en cuve ou en fut, la comparaison entre un 15 ans et un 18, nous avons comparé un même rhum vieilli 2 ans de plus.

Avant le 2003, HSE nous avait proposé un single cask 1998 reconnu par la critique et entré dans la catégorie des rhums atteignant un niveau de prix peu accessible. C’est en 2015 que l’Habitation Saint Étienne nous a proposé son nouveau single cask, le millésime 2003, un 12 ans d’âge vieilli sous les tropiques dans les chais du Gros Morne. HSE a depuis sorti plusieurs mises en bouteille de son single cask, chaque année et même plusieurs fois par an. Nous avons donc un single cask de grande qualité, existant en 12, 13, 14, 15 et même 16 ans avec une dernière sortie en mars 2019. Il reste, à priori, deux ou trois mises en bouteilles.

Cela donne un terrain de jeu idéal aux curieux que nous sommes pour déterminer l’impact gustatif du vieillissement sur un même jus. Pour cela, nous avons dégusté en face à face deux exemplaires, le premier mis en bouteille en juillet 2016, le second mis en bouteille en aout 2018, soit quasiment deux ans plus tard.

Bien qu’il s’agisse d’un millésime 2003, et afin de faciliter la lecture de la note de dégustation, nous nommerons les rhums par l’année de mise en bouteille.

Pour l’instant, les rhums les plus vieux nous ont le plus séduits, en sera-t-il de même pour ce HSE 2003 ?

Pierre T

Le nez :

Nous attaquons la dégustation par la version 2016 qui nous propose au nez une explosion d’arômes, les notes empyreumatiques (tabac, cuir, cacao) sont présentes d’entrée avec, en plus, un beau boisé. Un nez séducteur qui évolue vers les fruits cuits, une légère note de fruits tropicaux, le tout rehaussé par une petite pointe de vanille : cela nous donne un nez complet et complexe qui invite à la dégustation. La version 2018 propose un nez légèrement en retrait, sur les mêmes notes, mais moins tonique. Peut-être les deux années de vieillissement supplémentaire ont-elles assagi le rhum ? On notera toutefois un profil un peu plus végétal, un peu plus frais, avec des arômes de canne fraiche.

La bouche :

La complexité de ce single cask 2003 est saisissante, quelle que soit la version. Les arômes sont comme imbriqués et s’entremêlent pour nous proposer un voyage gustatif de toute beauté. Le 2016 nous emmène sur des notes gourmandes de fruits confits, du fruit noir (pruneau)  soutenu par des saveurs chocolatées et un boisé discret, mais présent. Le 2018 passe encore un cap dans la gourmandise avec de magnifiques arômes pâtissiers, une belle tarte tatin tapisse le palais de fond en comble, tout en finesse. C’est un véritable coup de cœur.

La finale :

La finale du 2016 est sur des notes de prune et de caramel gourmand, dans la lignée de la dégustation. Le 2018, lui, nous propose une finale un cran au-dessus avec une explosion d’épices (cardamone, vanille, cannelle) où le caramel est plus sec. La longueur en bouche est belle dans les deux cas, mais le 2018 nous emmène un peu plus loin.

2016 ou 2018 ? :

L’exercice de comparaison de ces deux versions du 2003 est délicat, mais très intéressant. Les différences peuvent paraitre minimes, et c’est bien la dégustation en face à face qui va nous les révéler. Dans les deux cas nous sommes face à un superbe rhum, représentant une des plus belles expressions des rhums de Martinique. Le 2018 nous a fait une impression supérieure, les deux années supplémentaires passées sous bois renforçant encore la gourmandise et les notes pâtissières, sans perdre en complexité et en finesse.

Pour le juillet 2016 la note est de 16/20.

Pour le aout 2018 c’est un très beau 17/20, la plus belle dégustation, pour l’instant, de la team Culture Rhum.

Les cobayes de notre étude

Conclusion de notre dégustation comparée :

3-0…
Comme une certaine finale de coupe du monde, c’est net et sans bavure : dans le cadre de CETTE dégustation, et nous n’avons pas vocation à extrapoler outre mesure, le vieillissement apporte un plus indéniable aux rhums que nous avons pu déguster.
C’était en tout cas un très bon moment, et ces moments de partage sont l’essence même du plaisir de la dégustation.

Note : dégustation et note par Pierre, Yessod et Simon.

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