Nous l’avons déjà souvent évoqué, les rhums Saint James sont réputés pour leur profil très torréfié, qui peut être dur à appréhender, surtout lorsqu’il est exacerbé par la non réduction.
Même si nous en avions déjà parlé avec Marc Sassier, revenons rapidement ici sur les différentes composantes du pourcentage d’alcool final d’un rhum. Tout d’abord, le degré de mise en fût sera le premier élément déterminant, puisqu’un rhum agricole sera souvent enfûté autour de 65% et qu’un rhum non réduit au cours du vieillissement sortira forcément à haut degré (nous avons du mal à comprendre les bruts de fût à 43%). Rappelons ici qu’un brut de fût peut être réduit, mais forcément dans le fût car l’appellation de brut de fût indique qu’il n’y a pas eu de réduction après la sortie du fût (en effet, les rhums peuvent être mis au repos et réduits en foudre). Par ailleurs, le lieu de vieillissement aura également un impact, puisqu’on dit que les chais secs peuvent (par une évaporation plus importante de l’eau par rapport à l’alcool) faire augmenter le pourcentage d’alcool final. Enfin, même si l’ouillage (action de remplir les fûts avec des rhums du même age) n’impacte pas le taux d’alcool, cela aura un impact sur le profil final du single cask et l’uniformité d’une série.
Nous sommes ici en face à trois brut de fût très différents, comme vous pourrez le voir.

Pour cette dégustation, nous avons dégusté le premier rhum de cette dégustation avec Pierre et Rémi, le French Rhumeur. La dégustation a ensuite été refaite tout seul (ou presque) pour valider la note qui va suivre… Vous allez vite comprendre pourquoi !

Pierre

Les caractéristiques du Saint James 2002 Corman Collins

Degré : 52,4%
Intégration de l’alcool : Excellente
Age : 17 ans
Type de fûts : Ex-bourbon
Particularités : Brut de fût et single cask
Nombre de cols : 450
Fiche RTN

Le premier nez est légèrement poussiéreux, on se croirait dans un vieux chai, où les épices douces ouvrent le bal, accompagnées d’un boisé fin et gourmand. Avec de l’aération, on ressent beaucoup de douceur, sur les fruits secs (pruneaux), la vanille et une agréable note d’orange. L’évolution est assez impressionnante, puisque le tabac et l’encens arrivent enfin. C’est un nez agréable et charmant.
En bouche, le déroulé est assez similaire, avec des épices (cannelle – vanille), un boisé toujours fin. Une pointe végétale (sève) remplace l’orange et une petite note de réglisse apparaît juste avant la finale.
Celle-ci est longue, sur un trio d’épices, de boisé et une touche sucrée.

Pour la première fois, le consensus n’a pas être trouvé lors d’une dégustation Préférence Rhum ! En effet, Pierre et Rémi ont adoré, là où, malgré la qualité indéniable de ce jus, mon retour est un peu plus mitigé. L’équilibre de ce single cask est saisissant, mais il manque un petit quelque chose…
Ma note : 15,5/20 (là où celle de Pierre et Rémi étaient plus autour de 16,5 – 17)

Les caractéristiques du Saint James 2003, batch 2

Degré : 56,4%
Intégration de l’alcool : Excellente
Age : 14 ans
Type de fûts : Fûts chênes français de 300L
Particularité : Brut de fût
Nombre de cols : 2100
Fiche RTN

Nous n’avons pas l’habitude de parler de la couleur des rhums, mais ce 2003 a vraiment une robe magnifique !
Le nez s’ouvre sur un boisé chaud, tropical et très sympa. La touche Saint James arrive ensuite, avec une belle note de noix, un petit café grillé et des épices (muscade et poivre). Après une longue ouverture, les fruits compotés font leur apparition. C’est un nez agréable.
En bouche, l’attaque est presque douce, mais texturée, avec des épices plus douces qu’au nez (cannelle, réglisse), puis un combo très gourmand (vanille-pruneaux), fait son apparition. Dans le second temps, le boisé et le café rappellent qu’on est bien chez Saint James. L’ensemble est fondu et très réussi.
La finale est assez longue, sur le réglisse, la muscade et le boisé

Très beau rhum que ce deuxième batch du millésime 2003, déjà rendu célèbre par la version de la Confrérie. Nous avons largement préféré ce deuxième batch au premier, et, en ce qui me concerne, j’ai même préféré ce 2003 au Corman Collins dégusté juste avant. Vendu 95€, même si cet élément ne rentre pas en ligne de compte dans la notation, ce brut de fût trouvera facilement une place dans les bars des amateurs de rhum agricole.
Notre note : 16/20

Un très bon rhum

Les caractéristiques du Saint James 2008 pour Velier

Degré : 60,8%
Intégration de l’alcool : Bonne (en fin de dégustation)
Age : 9 ans
Type de fûts : Blend de 4 fûts de chênes français ex-cognac
Particularités : Brut de fût – 70ème anniversaire Velier
Nombre de cols : 1200
Fiche RTN

L’ouverture est clairement sur la noix, très fraîche et franche. On trouve ensuite une petite note de fruits (rouges ou tropicaux), du tabac et un boisé très fin. La fin de nez propose une belle tension végétale, qui fait penser à la canne originelle. C’est un nez complexe et très évolutif.
En bouche, c’est une grosse claque, même si l’entame est légèrement astringente (mais ce n’est pas pour nous déplaire) avec un boisé puissant. Ensuite, on est sur les mêmes notes que des rhums déjà bus, mais en beaucoup mieux : le café est légèrement sucré, la noix est caramélisée, la vanille et le pruneaux sont vraiment gourmands. Dans un troisième temps, on retrouve un café gourmand et un boisé grillé. Ce rhum est fort, complexe mais il a vraiment quelque chose.
La finale est longue, sur le bois et une douceur sucrée (caramel).

Eh bien, ce rhum n’est pas à mettre entre toutes les mains, mais on est en face d’un rhum parfait en fin de dégustation. On lui reproche souvent sa puissance et son alcool mal intégré, mais (et avec une bouteille qui a dépassé la moitié) il serait vraiment dommage de rester sur ce constat tant ce rhum est intéressant.
Il peut faire penser au Chantal Comte 2001 par sa puissance, même si ce Saint James nous semble bien meilleur.
Notre note : 17/20

Un excellent rhum

Conclusion

Très belle dégustation de ces bruts de fût millésimés Saint James. A noter qu’ici l’ordre de dégustation (en respectant le pourcentage d’alcool) a pu avantager les rhums dégustés ensuite, à la défaveur du Corman Collins, car le palais a pu s’habituer aux notes plus torréfiées des rhums de Sainte Marie. Ce Corman Collins, qui a très très vite disparu des sites de vente en ligne, a été une petite déception, même si il plaira énormément aux amateurs d’équilibre et de classe.
Pour le 2008 embouteillé pour l’anniversaire Velier, c’est un rhum qu’on trouve encore un peu partout, souvent en promotion : on est en face de l’exemple parfait d’un rhum qui souffre d’une réputation peu flatteuse en ligne et qui se vend donc assez mal. Oui, c’est un rhum puissant, peu accessible, mais qui mérite vraiment d’être découvert tant il sort des sentiers battus… Et qu’il est bon !

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