Sampan, rhum du Vietnam.

Le Rhumfest 2019 a été, nous l’avions vu, pensé comme un tour du monde des rhums. Si la scène classique propose des nouveautés régulières, les plus importantes sont les arrivées de nouveaux acteurs.
Les Rhums Sampan sont dans cette situation et Adrien (Ad pour les intimes) a voulu découvrir cette distillerie qui a proposé trois rhums blancs, pur jus de canne, très intéressants au demeurant, lors du Rhumfest.

Antoine, peux-tu te présenter en quelques mots et nous raconter ton parcours ?

Salut Adrien, alors moi c’est Antoine Poircuitte, petit-fils de bouilleur de crus et c’est à l’âge de six ans que j’ai appris la distillation avec mon grand-père. Mon nom n’est donc pas un hasard !

Après un parcours de master en école de commerce dans le monde du vin à Bordeaux, je suis parti au Vietnam, par hasard, pour y être commercial dans le vin durant cinq ans. Le mal du pays m’a fait rentrer en France où je suis devenu responsable export Asie-Pacifique pour Marie-Brizard durant quelques temps. Le destin m’a fait repartir en Asie, et plus précisément à Shanghai, où j’ai occupé la fonction de directeur pour la filiale de Marie-Brizard. En ayant toujours en tête de monter ma propre entreprise, j’ai quitté Marie-Brizard pour monter ma distillerie de rhum en Asie, et plus précisément au Vietnam.


Comment s’est fait le choix du Vietnam ?

Alors pourquoi le Vietnam ? Suite à un coup de cœur lors de mon arrivée en 2008, et parce que j’ai été séduit par la qualité de la canne qu’on peut y trouver. Le Vietnam est un pays gros producteur de sucre et, grâce au communisme, les industriels ne peuvent détenir les terres. De ce fait, beaucoup de familles vivent de la canne et il n’y a pas de traitements en masse (pesticide etc.). La variété locale est la canne jaune, une canne endémique, ultra riche en sucre, allant de 20 à 22 °Brix.

Tous ces paramètres réunis m’ont convaincu de m’installer ici. A la base je voulais que l’on s’installe à Saigon (Hô Chi Minh Ville), mais je n’ai pas eu l’autorisation et, finalement, ça n’est pas plus mal, car le traitement de la canne incluant les déchets aurait été trop compliqué à gérer en ville. Donc finalement nous nous sommes installés à Hội An, dans la province Quảng Nam, région ancestrale de la culture de la canne. J’ai alors eu l’opportunité de créer une distillerie sur une plage, avec un cadre sympa, donc je me suis lancé.

Le travail de la canne

Quels sont tes produits et la méthode utilisée ?

Ayant démarré il y a peu, nous avons une seule production, de l’été 2018, dont on a effectué l’embouteillage en mars/avril 2019. Nous proposons trois références, le 48°, le 54° et le 65° qui sont trois rhums blancs « agricoles », pur jus de canne à sucre. La distillerie est située à quarante kilomètres du champ de cannes, ce qui nous permet de réduire significativement le temps entre la coupe de la canne, la veille au soir, et la presse au petit matin. Cette presse se fait sur place à la distillerie. On effectue une seule presse pour en extraire le cœur du jus de canne. Une fois ce jus extrait, on lance la fermentation dans une cuvée thermo-régulée, entre 72 et 96h, ce qui permet d’avoir un vin de cannes entre 11 et 12 degrés. Le tout est ensuite passé dans un alambic en colonne qui vient du Gers, un alambic Armagnacais précisément, qui a été remis à neuf. Je précise que nous sommes les seuls au Vietnam à détenir ce type d’alambic. En sortie d’alambic, le rhum titre entre 68 et 70 degrés. Ici nous ne parlons pas de législation comme il peut y en avoir dans certains pays (note : à priori, il s’agit de la Thaïlande voisine qui limite à 40° ses alcools), mais juste un bon compromis.

Ensuite, le rhum se repose trois semaines en cuve et une réduction goutte à goutte durant 6 mois est effectuée. C’est cette réduction gouttes à gouttes qui fera la différence sur les degrés d’alcool de nos produits. Ici nous jouons sur la vitesse de réduction.
Outre le rhum blanc, et afin de produire des rhums ambrés, nous avons mis 4000 litres de rhum en barrique de chêne français ayant contenu du cognac. Notre projet est, au fur et à mesure des années, de sélectionner des barriques pour faire des finishs. Ainsi nous sortirons, cette année, un spiced et un ambré. L’idée est de faire goûter à la population locale des produits connus, mais cette fois en utilisant comme base le rhum agricole. En effet, le Vietnam n’est pas encore très connaisseur en rhum.

Attachez vos ceintures, décollage imminent.

Quels sont vos projets de développement ?

Je souhaite monter une “villa Mai Tai” sur la distillerie dans le but d’accueillir des touristes, ainsi que la population locale, et aussi développer le site. Étant à trente mètres de la plage, j’aimerais ouvrir un Tiki bar, développer une idée de restauration. Bref, j’ai plein d’idées !
Je souhaite terminer en disant que les Vietnamiens ont très bien accueilli mon projet car ils sont très fiers de leur terroir. Ce projet est donc, pour moi, une grande fierté et cela me galvanise pour continuer dans cette belle aventure.

Merci à Antoine pour avoir accepté de répondre à nos questions, et bravo à Ad pour cette première sur Préférence !!

2 réponses sur “Sampan, rhum du Vietnam.”

  1. Bonjour,

    J’ai beaucoup aimé cette rencontre également. Antoine est vraiment passionné par ce qu’il fait. J’en suis presque jaloux parce qu’il vit une superbe aventure que des amateurs de rhums aimeraient beaucoup vivre.

    J’ai adoré ces rhums. C’est tout nouveau, la première cuvée, mais il se défend superbement bien.

    Très bel article.

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