Twelve / Blend Jamaïque – Guyana

Quand nous arrivons, avec Pierre, à la boutique Excellence Rhum, et que Josselin nous propose de découvrir un rhum venu de l’Aubrac, nous sommes obligés d’être tentés. Séduits par la dégustation, par l’histoire et par le projet autour de cette belle quille, nous avons voulu en savoir plus, tout en repartant avec un exemplaire du blend Jamaïque / Guyana. 

La distillerie Twelve a ouvert en 2016 et s’est concentrée, dans un premier temps, sur la partie whisky. Mais, pour le maitre de chai Florent Caston, le rhum est une passion et il profite des autorisations (importation, stockage, commercialisation etc.) pour en proposer une gamme. Quand on l’interroge sur sa vision et sa manière de travailler ses rhums, sa réponse se fait précise et sans détour : 

« Pour le rhum, il n’y a pas de règle précise. Il peut être sourcé en direct, ou broké sur le marché européen (nldr : les rhums peuvent être achetés chez les grossistes européens comme E&A Scheer) car l’important c’est la qualité de l’alcool. Nous n’avons que faire du vieillissement continental ou tropical, que le rhum ait 3 ans, 8 ans ou 15 ans, l’important c’est que ça soit bon, et que cela s’intègre parfaitement à l’assemblage que nous essayons de faire. Finalement quand nous goûtons des lots de fûts ou d’échantillons, nous nous intéressons uniquement à la qualité de l’alcool. Et un peu au prix

Le spiritueux doit être aromatique, puissant mais sans aucune agressivité et avoir un caractère bien marqué. Ensuite le rhum est mis au repos dans nos chais sur le plateau d’Aubrac, puis il est ensuite assemblé et enfin remis en vieillissement. Soit en cuve inox (pour ne pas altérer l’assemblage) soit dans un fut pour au contraire lui donner une légère patine. » 

Le blend Jamaïque / Guyana qui est un assemblage de belles distilleries avec Worthy Park, Hampden et Monymusk pour la Jamaïque et The Demerara Distillers pour la Guyana, le tout embouteillé brut de fut à 63.5 degrés. Très peu d’info sur la bouteille, pas de mention d’âge notamment, conformément à la philosophie de la maison, mais étonnant à l’époque où le consommateur réclame de plus en plus de transparence. 

Tw comme Twelve ?


Place à la dégustation !

Robe : 

Bel ambré presque acajou, un rhum bien foncé, marqué par le fût.

Nez :

Profond, sans sensation d’alcool, il s’ouvre sur les solvants et les fruits noirs. On retrouve ensuite la banane typique de la Jamaïque, la patte Worthy Park, puis le maracuja (sur la pointe d’acidité). En fin de nez, l’ouverture apporte un petit boisé, discret, une belle note de tabac et un caramel trop cuit.

Bouche :

La bouche est puissante, charpentée et contraste avec la douceur du nez.

Le bois devient tout de suite beaucoup plus précieux, opulent et ouvre magnifiquement le bal. On retrouve dans le même des temps des arômes de torréfaction, de cannelle et l’amertume d’un café bien serré. 

En fin de bouche, le fruit accompagne la suite, avec la banane du nez, le chocolat noir et l’eau de vie de fruit (poire williams ?).

Une bouche très agréable, évolutive avec deux temps bien marqués.

Deuxième nez :

Après l’ouverture qui fait suite à une première gorgée, le nez a évolué vers une très belle vanille.

Finale :

Sur le boisé, le réglisse; On perçoit presque un côté végétal qui fait durer le plaisir pendant de longues minutes.

Conclusion :

Un rhum très réussi, tout en maîtrise, avec un nez tout en douceur, une bouche puissante mais pas trop, et une finale qui retrouve la douceur du nez.
Très belle expertise du maître de chai, ou master blender comme on pourrait l’appeler, qui nous propose un « meilleur des deux mondes » avec la fougue de la Jamaïque qui est tempérée par le Guyana. Une impression qui rejoint les mots du maître de chai : 

« Pour moi, l’assemblage est un vrai plus pour le rhum (et bien d’autre spiritueux). Cela permet de façonner, de souligner, de complexifier le travail des distillateurs qui subliment la canne à sucre un peu partout dans le monde. De plus, cela permet aussi d’utiliser des fûts qui n’ont pas forcément assez de qualités pour être « single cask » et cela évite de retrouver ces mêmes fûts noyés dans la masse de rhum sucré, coloré, modifié, aromatisé etc…

Assembler c’est trouver un équilibre, souvent précaire, et créer quelque chose. Finalement comme un parfumeur ou un musicien. »

En un mot (enfin deux) : mission accomplie. 

A 58€ la bouteille de 50cl, il ne faut pas se priver.

Un très beau travail qui mérite son 15,5.

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