La Jamaïque, Hampden et Gargano

Les rhums jamaïcains ont longtemps été la base des mélanges dits Royal Navy Rum. Ils ont été remis au gout du jour par Velier, en raison de leur côté extrêmement aromatique, tiré du dunder. Nous ne reviendrons pas ici sur la fabrication des rhums de l’île (pour en savoir plus, c’est ici Durhum). Disons simplement qu’il faut connaître les rhums jamaïcains, car c’est un genre totalement à part dans l’univers de l’alcool de canne,n’hésitez pas à vous procurer un sample de Long Pond 2007 qui est un bon exemple.

Hampden occupe depuis longtemps une place particulière dans le cœur des amateurs puisque de nombreux embouteilleurs indépendants ont proposé des embouteillages fameux qui ont propulsé Hampden comme la deuxième distillerie phare de Jamaïque derrière le mastodonte Appleton. Hampden a une histoire pluri-centenaire puisque la distillerie existe depuis le milieu du 18ème siècle.

Mais il a fallu attendre 2018 pour voir sortir le premier embouteillage officiel de la marque, ce que Luca Gargano présente, avec son sens de la formule habituel, comme « la fin de l’époque coloniale ». Et s’il y a bien une star dans le monde du rhum, c’est Luca Gargano. Son histoire personnelle, son bagout, son charisme font de lui la figure charismatique de ce petit milieu. Et parmi les quelques batailles qu’il mène, sa principale concerne le vieillissement tropical (le rhum doit vieillir dans son lieu de production) à opposer au vieillissement continental (le rhum est vendu en Europe et mis à vieillir sur le continent) car « un champagne qui vieillit à Gênes n’est pas un champagne ». Le débat du tropical vs continental a déjà donné lieu à des débats passionnants que vous trouverez facilement sur le net. Pour résumer très brièvement, le taux d’évaporation, la fameuse part des anges, est bien plus important sous les tropiques qu’en Europe et donc les échanges rhum-fût sont bien plus intenses. Pour conclure sur cette très brève explication, le débat porte autant sur l’aspect humain que sur celui du goût.

La bouteille qui nous intéresse aujourd’hui est donc un Jamaïcain vieilli en Jamaïque, embouteillée par la distillerie, c’est une grande première pour elle, et distribuée par La Maison & Velier, la joint venture de LMDW (la Maison du whisky) et Velier, qui apporte la garantie du nom Velier et la puissance de diffusion de LMDW. La structure était presque la même pour le Long Pond (note ici) puisque LM & V diffuse les Rums détenus par la National Rums of Jamaïca, qui représente l’Etat jamaïcain. Nous avons donc quelques-uns des acteurs les plus à la mode du moment, mais place à l’essentiel, la dégustation.

La dégustation :

La robe : Un ambré soutenu et une belle opacité à la lumière, et de belles larmes. Le verre nous indique clairement que le produit est riche en alcool et que le vieillissement tropical a patiné et coloré ce rhum. 

Le nez : Assez riche malgré l’omniprésence de l’alcool, même après de longues minutes d’aération. Fruits exotiques ou confits, la banane bien sûr mais aussi des notes de coco.

Nous retrouvons aussi les traces de colle typique des Jamaïcains. Agréable et gourmand avec quelques notes épicées. 

La bouche : Explosive avec une forte présence d’alcool. Assez boisée et sèche rappelant le long vieillissement tropical. On retrouve les fruits confits et une note de vanille. La bouche tend vers le caramel.

Finale : Le caramel se poursuit et tend vers le sucre brûlé. Feuille de tabac sec. Finale assez sèche et astringente.

Nous ajoutons une goutte d’eau pour descendre le produit en alcool.

Le nez : Les épices sont plus présentes, la noix de coco prend le pas sur la banane flambée, même si on garde une trace de colle derrière le reste.

La bouche : Plus pâtissière avec le caramel et la vanille qui dominent.

Finale : Agréable, plus herbacée, avec l’apparition d’une petite note de réglisse. 

Le verre vide le lendemain : écorce de bois et tabac sec. 

Pour résumer :

Un Jamaïcain assez typique avec les marqueurs de banane flambée et de colle dès le premier nez et la première bouche, mais moins déséquilibrés que les précédents rhums que nous avons goûté. L’ajout d’eau efface le côté très boisé de ce rhum et le stabilise, mais le rend également un peu plus lisse…

Si le produit est équilibré et riche il ne met pas une claque comme certains autres rhums de l’île. On se contentera donc d’un 14/20

La dégustation a été faite par Yessod, nouveau membre de la Team Culture Rhum, ancien amateur de whisky en cours de conversion rhum, et donc plutôt porté rum et brut de fût.

Découvrez la fiche de ce rhum sur Rum Tasting Notes

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