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Si le nom de Caroni est devenu mythique, il n’empêche que seuls les grands spécialistes de la distillerie peuvent s’y retrouver dans les très nombreux embouteillages de Velier. Pourtant, parmi tous ces grands rhums, le Trespassers a su se faire une place particulière. Outre sa grande qualité, cet embouteillage a l’avantage d’avoir une étiquette immédiatement reconnaissable.
Nous pensons chez Préférence Rhum que les meilleurs Caroni de Velier sont parmi les anciennes versions. Une évènement important a marqué un tournant pour Caroni et Velier : le week-end du Tasting Gang, en avril 2019. Cette fête au Caroni, que Nico nous décrit brillamment ici, a vu les derniers fûts être rapatriés en France. Il se trouve qu’il n’y a eu aucun embouteillage Velier du niveau du Last, selon nous bien évidemment, depuis cette cérémonie (mais nous n’avons pas goûté tous les Employees). The Last tient d’ailleurs son nom du fait qu’il s’agit du dernier embouteillage de “l’ancien monde”.
Outre le Trespassers et The Last, la troisième bouteille est issue des Guyana stock (comme The Last), des bouteilles de Caroni qui ont fini leurs vieillissements chez DDL en Guyana. Nous avons donc trois rhums vieillis 20 ans, ou plus, sous les tropiques, et bruts de fût.
Le profil des Caroni, nous l’avions déjà évoqué lors de notre article sur la spéculation, est très particulier, et on l’aime ou le déteste. Malheureusement, nous aimons bien ce mélange de gourmandise, de caoutchouc/goudron et de torréfaction unique dans le monde du rhum. D’ailleurs, on peut se demander pourquoi personne n’a essayé de faire la même chose jusqu’à présent, même si ce profil est décrit par Richard Seale comme résultant de mauvaises fermentations et distillations. On peut donc dire que le Caroni est au rhum ce que la tarte tatin est à la tarte aux pommes.
Alors, aurons-nous trois très beaux Caroni ?

23 ans Guyana Stock

Degré : 57,18%
Intégration de l’alcool : Excellente
Age : 23 ans tropical
Millésime : 1994
Vieillissement : 14 ans à Trinidad et 9 ans en Guyana
Particularité : Brut de fût
Fiche Rum-X  et Wikirum

Les premières effluves du nez sont très Caroni, avec un léger boisé et des hydrocarbures. On sait tout de suite où on met les pieds. Ensuite, c’est tout un nuage de douceur qui vient prendre la suite : la vanille, des noix bien caramélisées et les fruits tropicaux arrivent en force. Quel contraste ! Cette gourmandise est très agréable.
En bouche, le profil repart comme le début du nez, même si le boisé est plus costaud et s’accompagne de sève (type bonbon la Vosgienne). La noix qui vient ensuite est moins gourmande, et une petite pointe de goudron fait son apparition. Hélas, le boisé est bien trop astringent, trop présent et assez gênant.
La finale est moyennement longue avec des épices et du goudron.

Autant le nez est vraiment agréable, autant la bouche est bien trop marquée par le bois. Dommage, car ça partait super bien !
Notre note : 14,5/20

Caroni The Last

Degré : 61,5%
Intégration de l’alcool : Excellente
Age : 23 ans tropical
Millésime : 1996
Vieillissement : 12 ans à Trinidad et 11 ans en Guyana
Particularité : Brut de fût
Fiche Rum-X  et Wikirum

De manière surprenante, le nez met un peu de temps à bien s’ouvrir. Les premières notes sont assez distantes, avec du bois, de la sève et du goudron, mais le tout est très fin. L’évolution arrive assez rapidement néanmoins, avec du maracuja, de la vanille et de la cassonade caramélisée (on pourrait y voir une belle crème brulée).
Si le nez était relativement timide (le relativement est important), la bouche est vraiment magnifique. Le boisé reste fin, mais il est justement dosé, les épices sont présentes et le goudron résineux très réussi. La fin de bouche est entièrement dédiée aux fruits tropicaux, dont l’ananas bien mûr. C’est souvent la texture en bouche qui fait la différence, et elle est ici très agréable. Un grand moment.
La finale reprend bien les deux temps forts des temps précédents : le goudron et les fruits (un peu acides ici, maracuja et ananas un peu vert).

Eh bien, c’est un superbe rhum que nous avons là ! Il n’est pas étonnant que nous l’ayons autant apprécié au Whisky Live 2019… Il est vraiment excellent, assez puissant et avec une bouche magnifique (les caractéristiques d’un bon rhum de salon pour nous). Dans le très haut de notre panier Caroni. On notera enfin qu’il a été très longtemps disponible, avec un prix de sortie à 400€, ce qui est énorme, mais dans une fourchette “basse” pour un Caroni actuel, alors que la plupart sont vieillis en Europe.
Notre note : 17,5/20

Un rhum magnifique

Caroni Trespassers

Degré : 70,1%
Intégration de l’alcool : Étonnamment très bonne (vu le degré)
Age : 20 ans tropical
Millésime : 1996
Particularité : Brut de fût
Fiche Rum-X  et Wikirum

C’est un Caroni réputé qui arrive, et les attentes sont élevées. On a, dans un premier temps, un beau café qui ouvre le bal, accompagné de noix (noisettes grillées, noix de cajou) et d’une note de vanille. Le nez reste aérien avec l’ouverture, avec des fruits (tropicaux et abricot), du sucre caramélisé et un peu de réglisse pour enrober le tout. C’est un nez surprenant pour un Caroni, bien loin de l’image classique. Un beau moment gourmand.
La bouche est plus sérieuse, avec du boisé, marqué mais agréable, qui sent rapidement le bois un peu brulé. La suite est très torréfiée, avec un café et un chocolat, tous les deux bien noirs, presque amères. La fin de bouche est épicée (poivre, cannelle) et le chocolat s’adoucit fortement. La texture est top, comme précédemment.
La finale est douce et très agréable, avec de la cannelle et un café au lait sucré.

Un Caroni très proche d’un Guyana dans l’esprit. Gros coup de cœur ici, avec un rhum aussi charmant que complexe.
Notre note : 17,5/20

Un rhum magnifique

Conclusion

Si le 23 ans Guyana Stock a été un peu décevant, le reste de la dégustation a été de très haut niveau. Le Last peut être présenté comme un Caroni très représentatif. Et le Trespassers prouvera, si besoin, que les Caroni peuvent avoir un profil “traditionnel” également. Enfin, et le clin d’œil est rigolo, c’est le rhum dont le vieillissement n’a pas été terminé chez DDL qui goûte le plus comme un rhum de Guyana.
Dommage pour les nouveaux venus que Caroni soit si cher !

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