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Après avoir annoncé que nous allions un peu élargir le champ des possibles, il fallait mettre en application rapidement ce petit changement ! C’est donc avec l’armagnac que nous commençons, avec une dégustation de quatre embouteillages par des embouteilleurs indépendants.

Mais, au fait, c’est quoi l’armagnac ?

L’armagnac est une eau-de-vie de vin, c’est à dire qu’il s’agit d’un alcool de raisin. Il y a dix cépages autorisés, mais les quatre principaux sont les suivants : baco, ugni-blanc, colombard et folle-blanche. Au niveau géographique, c’est dans les départements du Gers, des Landes et du Lot-et-Garonne qu’est produite la plus vieille eau-de-vie française, dont les premières traces remontent à près de 700 ans. Il existe cinq appellations, avec l’appellation générique armagnac, la blanche (qui est n’est pas vieillie) et trois découpages géographiques : le bas-armagnac, l’armagnac-ténarèze et le haut-armagnac. Historiquement, c’est l’appellation bas-armagnac (qui compte environ 2/3 des terres totales) qui était mise en avant, grâce à son profil plus fruité (pruneaux et rancio). Les armagnacs de Ténarèze (sol argilo-calcaire) sont réputés pour être plus corsés avec de longs vieillissements, mais floral et végétal au début. Enfin, l’appellation haut-armagnac (sol calcaire) est vraiment plus petite et a une toute petite production. Pour le vieillissement, les fûts sont en chêne et viennent principalement du limousin et de Gascogne.
Contrairement à ce qui est fait généralement dans le rhum, il n’y a pas d’ajout de levure pour la fermentation. La distillation se fait via un alambic très typique, appelé l’alambic continu armagnacais. Pour la sortie d’alambic, la blanche sort entre 52 et 72% d’alcool. Une des particularités de l’armagnac est que la distillation est souvent pratiquée par des bouilleurs itinérants, car les producteurs ne sont pas tous équipés pour. En effet, il existe peu de gros producteurs dans l’armagnac, ce qui peut être vu comme un point positif (petite production artisanale), mais cela complique un peu la vision globale sur le marché (selon nous).
Enfin, on se pose souvent la question de la différence avec le cognac. On résumera la réponse à cette question en parlant des cépages (le cognac utilise 98% d’ugni blanc, tandis que l’armagnac est à 50% environ). Puis nous évoquerons l’alambic, qui est très différent (distillation simple en armagnac – avec une petite colonne – et double distillation en pot still dans le cognac). Pour conclure, le cognac est une terre d’assemblage, là où l’armagnac est réputé pour ses millésimes.

Le programme de la dégustation du jour

Nous l’avons dit, les spiritueux dégustés ont été sélectionnés par des embouteilleurs indépendants. C’est par l’Encantada que cette dégustation commencera, et finira. Si vous avez vu nos deux dernières vidéos, vous savez que nous avons été séduits par les armagnacs dans les bouteilles oranges. Swell de Spirits a sélectionné deux armagnacs, et un des deux a été goûté ici ; allons-nous (enfin) mal noter un spi de Mika ? Enfin, le dernier sélectionneur est Grape of the Art, embouteilleur allemand spécialisé dans l’Armagnac, et qui a sélectionné un Chairman’s et deux cognacs.
Pour les domaines, on commencera avec Le Parre (Ténarèze, qui ne produit plus), puis celui de Baraillon (Bas-Armagnac), de Belair (Bas-armagnac) et enfin Lous Pilous (Bas-Armagnac également). Au sujet de la diversité dans l’armagnac, il faut savoir qu’il existe plus de 150 producteurs, dont certains ne produisent que 50 bouteilles par an… On se rend bien compte ici qu’il faudra plus chercher des profils que des domaines. Un peu comme pour le cognac de Grosperrins, il faut suivre ses coups de cœur !
Nous n’avons aucune référence ni repère sur cette dégustation, et il s’agit presque d’un saut dans l’inconnu. Afin de ne pas sauter tout seul, c’est avec Aymeric du Rhum Club Paris que cette dégustation a été faite.

L’Encantada – Le Parre 90

Degré : 47,2 %
Intégration de l’alcool : Bonne
Appellation : Ténarèze
Nombre de cols : +- 800
Millésime : 1990– au moins 25 ans
Particularités : single cask – brut de fût

Le nez s’ouvre sur des notes dont on pourrait croire qu’elles émanent d’un rhum agricole : un fin boisé et des épices douces (vanille en tête). C’est très surprenant ! Ensuite, un temps fruité fait son apparition (poire et raisins secs). Ce nez est sympathique, mais évolue assez peu.
En bouche, l’attaque est assez franche, là où l’alcool du nez était très bien intégré. On retrouve le même déroulé, mais le boisé est un peu plus puissant et les épices aussi (poivre et muscade). On trouve enfin un peu de figue en fin de bouche.
On reste dans un registre gentiment boisé pour la finale.

Cette dégustation n’était pas du tout mauvaise, mais assez monolithique. Et vous le savez sûrement, plus on déguste plus on cherche l’expérience !
Notre note : 83

Swell de Spirits – Wonders n°5

Degré : 49,9 %
Intégration de l’alcool : Excellente
Appellation : Bas-armagnac
Cépage : Folle-blanche
Nombre de cols : 100
Millésime : 2005 – 16 ans
Particularités : single cask – brut de fût

Après la première dégustation, on peut dire qu’on a deux salles, deux ambiances ! Ici, le nez est beaucoup plus frais. Les fleurs sont bien présentes, et elles s’accompagnent d’abricots secs et de citron vert. C’est un nez complexe, et très agréable.
De manière extrêmement surprenante, la bouche est très différente du nez. On a un profil plus sombre, avec du boisé, du cuir et du café. La texture est aussi très réussie, avec une entrée en bouche, et une fin, bien huileuse. Après ce premier temps, et jusque dans la finale, on trouve du réglisse et de la prune.

Encore une belle sélection de Swell, avec un armagnac aux deux facettes. Nous avons apprécié le tout, mais cette différence entre le nez et la bouche était fort agréable !
Notre note : 88

Grape of the Art – De Belair 93

Degré : 52,2 %
Intégration de l’alcool : Excellente
Appellation : Bas-armagnac
Cépage : Baco
Nombre de cols : 120
Millésime : 1993 – 27 ans
Particularités : single cask – brut de fût – vieillissement en chai humide

Eh bien, on a ici un troisième nez tout à fait différent. On pourrait presque penser que c’est un Caroni dans le verre ! En effet, on trouve du caoutchouc, du plastique un peu fondu, du bois brûlé dans un premier temps. Ensuite, cela évolue vers du pruneau et du caramel. Le premier temps n’était pas forcément agréable. Comment sera la suite ?
Bien plus sympa heureusement, avec du caramel, du bois, une toute petite pointe de plastique. Dans le même temps, la vanille et la pomme complètent un boisé bien dosé. Comme pour la dégustation en général, cette bouche évolue très favorablement.
La finale est longue, sur le boisé, les épices et les fruits secs.

Une dégustation qui aura bien mieux fini qu’elle n’avait commencé ! La fin de bouche et la finale sont vraiment réussies en tout cas, et c’est ce que nous retiendrons.
Notre note : 85

L’Encantada – Lous Pibous 2004

Degré : 57,3 %
Intégration de l’alcool : Parfaite
Appellation : Bas-armagnac
Cépage : –
Nombre de cols : 121
Millésime : 2004 – 16 ans
Particularités : single cask – brut de fût – vieillissement en chai humide

Dans ce Lous Pibous 2004, une première chose est frappante : il n’y a pas de sensation d’alcool. Le nez est plutôt gourmand, avec du café au lait sucré et des fruits secs (pruneau). Avec un peu d’aération, un temps pâtissier arrive (brioche, beurre).
La bouche est très agréable, et les fruits secs sont toujours présents (raisins et abricots), avec des épices (cannelle et vanille), un peu de boisé. Comme au nez, le café au lait sucré est toujours présent, et c’est vraiment agréable.
Enfin, la finale est sublime, sur le café au lait sucré, véritable fil conducteur de cette dégustation.

Un très bel armagnac, que nous avions pu goûter lors de notre dégustation à l’aveugle lors du live avec Vincent, le maitre de chai de l’Encantada. Ce brut de fût, à haut degré, porte vraiment les arômes et cette finale est mémorable.
Notre note : 90

Conclusion

Si on devait définir le profil des armagnacs, cette dégustation ne nous aiderait pas ! Les profils sont vraiment différents, et c’est très appréciable, sauf si on veut tout mettre dans des cases. Ce n’est pas notre cas, et le plaisir était bien présent sur ces quatre armagnacs.
Ce Lous Pibous 2004 est un vrai coup de cœur.

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